Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

Combats pour l'Histoire

Blitztoire s'efface, Médiévizmes entre en scène.

Cela fait déjà bien longtemps que j'étais titillé par l'envie d'évoluer, de passer à autre chose ou du moins, à continuer autrement. Blitztoire est né dans ma tête en juin puis s'est concrétisé en juillet 2004, après avoir découvert le genre du "blog" au travers des bédéblogs. A l'époque, ils était peu nombreux: maintenant, n'importe quel gamin prépubère qui a un "bon" coup de crayon lance son bdblog, cherchant lui aussi sa part de gloire et rêvant de boire le coup avec Boulet ou Melaka... C'est bien normal et il ne faut gâcher les rêves de personne, surtout s'ils peuvent se réaliser, qui sait ?

J'ai sauté sur 20six, même si j'ai de suite créé un premier compte chez blogger puis chez splinder1: je pensais déjà à évoluer sur une autre plateforme, je n'ai cependant jamais utilisé ces comptes. Puis je me suis incrusté sur 20six. Le titre, Blitztoire, a été trouvé en quelques heures -au contraire de Médiévizmes. J'ai pris un template plus ou moins correct et je n'en ai plus changé. Mes premières notes voulaient décrire ma vie au quotidien, joies et peines, sur un ton très libre et avec un style plutôt très relâché, voire familier. Je voyais ces pages comme un journal presque intime et je me lâchais assez fort. Je n'ai supprimé aucune note (sauf une seule où je me suis rendu compte après l'avoir postée que je faisais acte de médisance gratuite: une

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Pré-médiéval !

Au fil des notes de mon vieux Blitztoire, j’avais épinglé le mépris dont recouvraient bon nombre de nos contemporains pour ce cher Moyen Âge en usant du concept « moyenâgeux » voire « médiéval »  pour qualifier des positions ou des situations jugées mauvaises, rétrogrades, réactionnaires. Je ne suis pas le seul médiéviste à déplorer ces jugements péjoratifs et humiliants, issus d’une méconnaissance du Moyen Âge et de raccourcis de jugement assez suprenants. Mais Tony Blair vient de faire mieux en qualifiant de « pré-médiévale » la guerre religieuse que mèneraient les terroristes islamistes, comme le souligne avec humour Carl Pyrdum dans son blog caustique Got Medieval. Même pas moyenâgeuse, encore pire que ça : pré-médiévale. Sympa. Et après ça, comment voulez-vous que les médiévistes soient crédibles ? Il y a du pain sur la planche !

Enfin libres!

Le logiciel dit "libre" s'est imposé ces dernières années dans le domaine des sciences dites exactes, dans la mesure où l'accès au code-source qui en forme le noyau permettait toutes les évolutions, dans la mesure où les scientifiques eux-mêmes sont, pour partie à coup sûr, parmi les principaux acteurs de la communauté "du libre", dans la mesure où seuls des instruments maîtrisés d'un bout à l'autre de la chaîne leur sont utiles réellement...

Dans les sciences humaines, le défi a été relevé plus lentement: en cause probablement la très piètre maîtrise des instruments par les scientifiques de ces disciplines: à l'heure actuelle, à part Word ou Excel, à part "leur" logiciel de messagerie et IE, peu de choses... Et encore ces logiciels ne sont-ils utilisés qu'à une faible part de leur potentiel. L'utilisation des bases de données reste marginale: une raison essentielle tient à l'individualisme des chercheurs en sciences humaines. Un traitement de texte et un tableur basiques leur suffisent.

Cette communauté est donc assez imperméable aux défis du libre. Elle commence seulement à s'ouvrir, par quelques portes basses et dérobées. L'idée d'entreprises communes "collées" sur le web, par le biais d'un interface, via du XML ou u e base MySQL, fait son chemin. Au lieu des traditionnelles et lourdes listes de diffusion (ah, les mailing lists !), les weblogs

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L’historien et l’action

Est-ce le rôle des historiens de réagir comme ils viennent de le faire dans cette pétition publiée dans Libération le 13 décembre 2005 (plus accessibles sur le web, me semble-t-il) ? Si on lit certains commentaires, d’une agressivité étonnante, sur le blog de Pierre Assouline, ici et , on peut se demander si c’est bien pertinent, en effet. Si l’on se penche sur la nomination, par Nicolas Sarkozy, d’un avocat à la tête d’une commission pour mener « un travail approfondi sur la loi, l'Histoire et le devoir de mémoire », en un beau coup médiatique le démarquant de Dominique de Villepin… on se dira que ces historiens ne servent à rien et que, comme le dit Arno Klarsfeld, ils veulent « confisquer l’Histoire ». On nous accuse de nous comporter comme les prétendus détenteurs du savoir, mais qui ne savent rien ; on nous décrit comme des scribouillards de fiches, des hommes passifs et placides ; on distingue les « faiseurs de savoir » que nous sommes, des vrais hommes d’action que sont les politiques. Certes, je schématise. Mais quel gâchis. Quelle incompréhension. On voudrait mettre l’historien à la botte du politique, qui serait détenteur, lui, de la Morale publique… et pour ce faire, en un raccourci saisissant, convoquant Ricoeur et le bon sens bien de chez nous, on confond cette Morale avec l’Histoire qui doit (com)plaire.

L’historien est, évidemment, homme contemporain et perclus de contemporanéité, et

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 3 janvier 2006 00:52:01
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« Georges Duby ou la nouvelle positivité de l’histoire »

Il est de bon ton pour certains, on l’a vu, de se défier de l’historien. Qui sait ce qu’est un historien, au-delà des définitions du Petit Robert ? Georges Duby n’a jamais manqué de dévoiler sa passion de l’histoire, d’expliquer son métier, de dire sa place au monde : ainsi en témoigne la postface qu’il ajoute aux dialogues avec le philosophe Guy Lardreau en 19801. Certes, il est d’aussi bon ton dans les milieux historiens, cette « corporation qui a ses rites, sa hiérarchie et son petit terrorisme interne », de lire désormais les œuvres du Maître du Mâconnais avec un petit sourire méprisant flottant sur les lèvres… œuvres écornées, textes vieillis, jugés un peu rapides ou trop beaux pour sembler « vrais »… Bah, au-delà de ces grandes mesquineries ou de ces petites déceptions, il nous reste, il me reste malgré tout, envers et contre tout, l’œuvre d’un Maître qui marque la seconde moitié du XXe s. historien d’un sceau que l’on peut certes égratigner, mais non point briser.

Ces lignes sont là comme un nouveau coup de marteau, afin de mieux enfoncer les chevilles de nos positions d’historien dans le bois tendre –fragile- qui constitue le monde des idées fondant la société, s’agissant notamment des idées les plus forces, comme celles qui touchent à l’enseignement de l’histoire. Voici :

« Mon métier consiste à poser des questions sur l’homme (sur l’homme d’aujourd’hui), à tenter d’y donner

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Il faut pouvoir rire de tout…

Par zid dans Combats pour l'Histoire 18 janvier 2006 11:49:24
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Membra disiecta ou le manuscrit écartelé

Il y a quelques mois, j’avais longuement parlé du drame des manuscrits que l’on démembre pour en vendre des feuillets : la lettre de l’Association for Manuscripts and Archives in Research Collections (AMARC) consacre un article à ce sujet, déplorant la vente sur ebay de précieux feuillets, donnant des exemples terrifiants. A lire, absolument !

(via Archivalia)

Lettre ouverte aux colporteurs de rumeurs

Chers « collègues » (et amis ?),

Je savais que certains parmi vous étaient des fans des grandes émissions de variété trash, mais de là à vous lire en pleines éructations anonymes, sur le blog de Pierre Assouline, comme les meilleurs témoins cachés et honteux dans les émissions de Delarue… vous m’avez surpris !

Vous avez oublié, je suis désolé de vous l’apprendre, les règles essentielles de notre métier : citer ses sources, les corréler, établir les faits par une critique attentive (oserais-je dire… positiviste ? eh eh…), assumer vos positions… Dans les deux notes de Pierre Assouline, vous ne colportez que des rumeurs, des « il me semble bien que » ou des « la fille de la sœur de ma concierge connaît bien la tante du petit ami d’une fille dont le frère a occupé la Sorbonne ». Vous vous gargarisez de vos places de lecteur à la bibliothèque de l’Ecole des Chartes –c’est con, moi aussi, je l’ai, cette carte– ou de vos connaissances « de l’intérieur » -c’est con, moi aussi j’ai d’excellents amis qui y travaillent…Ne comptez cependant pas sur moi pour asséner une autre vérité que je n’ai pas et que je n’ai pas envie d’inventer ou d’imaginer maintenant.

Mais comptez sur moi pour dénoncer une attitude lâche qui consiste à sous-entendre de très graves accusations sans donner aucune preuve. Je méprise votre mépris d’une école prestigieuse qui a su dépasser ce positivisme fort qui a fait sa

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 26 mars 2006 01:00:27
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Surréalisme scientifique

Tous ceux qui connaissent un peu la Belgique savent que c’est la patrie du surréalisme et de l’absurde. Je passerai ici sur les dernières pitreries communautaires pour insister sur ce qui me tient plus à cœur : la situation de ce qu’on appelle, au plat pays, « les établissements scientifiques fédéraux », au sein duquel on compte des musées, les Archives Générales du Royaume (l’équivalent des Archives de France), la Bibliothèque Royale (l’équivalent de la Bibliothèque Nationale de France), l’Institut royal météorologique… en tout dix établissements de recherche et de conservation, un peu comme la colonne vertébrale du patrimoine et de la culture en Belgique. Eh bien, ces dix établissements sont menacés de fermeture totale ou partielle ; leur fonctionnement pourrait être compromis plus ou moins gravement par l’incurie politique. Un refinancement complet s’impose, non pour améliorer ou revitaliser, mais tout simplement pour survivre, comme l'explique cet article de la Libre Belgique. L’idée semble acquise du côté du ministère de la recherche scientifique, encore faut-elle que le gouvernement belge dans son ensemble accepte le plan de refinancement. Surréaliste… ou tragique ?

Par zid dans Combats pour l'Histoire 5 septembre 2006 00:05:29
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3500 manuscrits médiévaux menacés à Karlsruhe

Que les politiques aient de plus en plus de mal à comprendre ce que signifient « culture » et « patrimoine » au-delà du quai de Branly et de la nuit des publivores, nous en étions tous bien conscients.

Mais qu’ils se mettent maintenant à abandonner des manuscrits médiévaux destinés à être vendus sur la place publique… là, ça dépasse tout ce que j’ai déjà entendu. L’affaire se passe au Baden-Württemberg et est maintenant discutée avec entrain : le gouvernement du Land veut abandonner au Markgraf de Baden 3500 des 4200 manuscrits, principalement médiévaux, de la bibliothèque du Land à Karlsruhe. Ce quidam veut les vendre aux enchères pour en tirer 70 millions d’euros afin de restaurer un château. Inutile de dire que les manuscrits vendus de la sorte disparaissent à tout jamais de la vie publique, pour entrer dans des collections privées où plus aucun chercheur ne pourra jamais les consulter. C’est une vraie perte pour le patrimoine européen, à une période où on veut le préserver mieux que jamais.

Il y a bien une solution pour nous, chercheurs : la mobilisation.

Je viens de recevoir, sur la liste de diffusion Apilist, le message suivant , de la part de Michele C. Ferrari, Erlangen (Michele.C.Ferrari at as.phil.uni-erlangen.de)


Chers collègues,

L'état du Baden-Württemberg a l'intention de faire vendre une bonne partie  des manuscrits de la Badische Landesbibliothek (avec, entre autres, la  collection des codices de

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