Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

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Combats pour l'Histoire

Telma

 

Ca y est, Got l’a annoncé il y a deux semaines déjà: Telma est publiée. Mon silence de ces dernières semaines tenait principalement à la préparation de cet instrument. Telma : centre de ressources numériques du CNRS, dédié à la publication électronique des sources manuscrites, au Traitement ELectronique des Manuscrits et des Archives. Le CNRS avait demandé à deux des  plus importantes institutions de recherche sur le document historique en France, l’Ecole nationale des Chartes et l’Institut de recherche et d’histoire des textes, de monter un centre de ce type en quelques mois, qui respecte tous les grands principes de l’accès libre, du logiciel libre, dans une logique du type digital humanities. J’en étais.

Et nous y sommes arrivés. Telma, www.cn-telma.fr, est plus qu’une simple plate-forme d’édition électronique dont la technologie est ouverte, mise à disposition de tous. Je suis en effet intimement convaincu qu’avec Telma, c’est une nouvelle philosophie de l’édition électronique qui dépasse les ordres traditionnels définis par Lachmann ou Bédier. C’est le temps de l’édition en mouvement, de l’hyperinterrogation, du dialogue constant entre l’éditeur et l’utilisateur, du « presque collaboratif », c’est le temps de la vraie gratuité scientifique et de la libre disposition des savoirs et des techniques à tous, c’est le temps d’une vraie  réflexion sur la pérennité des données et l’adoption de

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 8 janvier 2007 22:19:40
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Haghis

Le principe du carnet de chercheur ne démarre pas en Sciences de l'Homme et de la Société, et surtout pas chez les historiens. Etrange, quand même: le blog a bien démarré en France, il a un réel impact -un peu moins qu'il y a un ou deux ans, mais quand même-, il a pris ici sa vitesse de croisière, mais pas en histoire. Trop tôt, pas adapté?

Par contre, le modèle du blog est récupéré par quelques historiens spécialistes d'hagiographie médiévale, d'histoire des vies de saints, organisés en groupe de recherche, pour un remarquable petit site évolutif qui doit servir d'appui à leurs travaux: Haghis.

C'est probablement ainsi que le carnet de chercheurs doit prendre racine dans le vieux continent, par le biais d'un CMS pour publier de l'information de recherche en interne, par et pour la communauté scientifique, plutôt qu'en jouant la carte du blog comme ouverture au monde. Chaque chose en son temps.

Par zid dans Combats pour l'Histoire 12 mars 2008 00:01:03
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Controverse: Aristote, l'Orient en Occident ?

De temps à autres, le monde des historiens se laisse emporter par des frayeurs un peu lascives, c'est si bon de se faire peur... C'est le cas actuellement, à la suite de la publication d'un ouvrage de l'historien Sylvain Gouguenheim, intitulé Aristote au Mont-Saint-Michel, qui semble vouloir relativiser l'importance du vecteur arabo-musulman pour la transmission du savoir grec et oriental antique vers un Occident médiéval jugé excessivement « barbare », selon lui. Evidemment, la doxa nous enseigne que la transmission du savoir et notamment d'Aristote nous est parvenue en grande partie grâce aux arabes, au cours du Moyen Âge. Si Gouguenheim a bien argumenté son propos, c'est une controverse de taille qui naît ici -on en manquait, c'est une excellente chose. On va bien s'amuser.

A condition d'éviter deux écueils. Le premier est le politiquement correct ou incorrect: attaquer de la sorte la culture arabo-musulmane semble folie à notre époque policée et polissée... mais en même temps, le risque de récupération par les sectateurs de tout acabit et les racistes primaires est réel. Ne faire le lit d'un irénisme pro- ou d'un extrémisme anti-musulman, rester hors du champ politique: ce sera bien difficile, mais nécessaire. Le second écueil tient tout simplement en la manière de la critique. Car, il faut bien l'admettre, quand j'entends parler de ce livre, ces derniers jours, c'est au travers de

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 17 avril 2008 09:41:34
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La nouvelle loi sur les archives, l'Histoire sans sources et le triomphe de la Mémoire.

Les médiévistes s'empoignent autour de la réforme des universités, autour de la rénovation du CNRS, voire à propos de la transmission du savoir antique via les latins ou les arabes... mais à propos de la loi sur les archives qui devrait être votée par les députés le 29 avril, rien. Seuls les historiens contemporanéistes s'effraient et réagissent.

Les faits: on a entrepris actuellement une refonte de la loi sur les archives en France et les propositions ne vont pas dans le sens d'une ouverture des archives qui soit plus large! Tandis qu'il est de bon ton de railler le Vatican, ses méfait et de stigmatiser les complots sombres qui se trameraient sous la coupole de Saint-Pierre, on oublie que les plus secrets documents de l'archivio segreto ont été, eux, bien ouverts au public. A l'inverse, les archives de la République française, elles, se ferment, discrètement. Certaines ne seront plus jamais consultables ; certains délais de consultation pour d'autres vont encore augmenter ; les dérogations seront plus dures à obtenir.

On aurait tort d'y chercher un esprit de corps des historiens, visant à se réserver l'accès et à empêcher les amateurs d'y toucher. On ne leur a pas demandé leur avis et ils seront soumis aux mêmes difficultés que les autres. Ce qui est en jeu, ici, c'est une fois de plus la confusion entre l'histoire critique, scientifique et le travail de mémoire de la nation. Museler les

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 19 avril 2008 14:50:55
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Bronislaw Geremek ou une certaine vision de l'Histoire

Bronislaw Geremek est mort. Ce n'est pas nouveau, je n'apprends rien aux médiévistes et probablement rien à aucun de mes lecteurs. Mais avec lui, ce n'est pas simplement un homme politique qui disparaît. Historien, médiéviste, militant, il a lutté pour une certaine idée de la liberté contre un communisme purulent, il a risqué sa vie pour cela et passé des années en prison... En reste-t-il encore beaucoup, de ces historiens du combat, des historiens de la vieille garde, des grandes années du séminaire de Jacques le Goff, rue des Feuillantines, dans les glorieuses '60 ou '70 ? Où sont-ils, ces historiens qui prennent des risques, qui osent des prises de position sociales, politiques, philosophiques, avec de vraies conséquences -et je ne parle pas des disputes scolastiques, mais de vraie politique, au sens noble ?

Bronislaw Geremek a commencé sa carrière d'historien en France, en travaillant sur la pauvreté, les exclusions sociales. Puis il a choisi la lutte avec Solidarnosc, faisait partie de ces élites intellectuelles qui ont soutenu Lech Walesa, tout à l'origine de la chute des régimes de l'Est... Enfin il a mené une carrière d'homme d'Etat -non pas simplement de politicien, mais d'homme d'Etat, polonais et européen convaincu, comme doit l'être tout historien qui se respecte.

J'ai entendu parler de lui pendant mes études d'historien, au moment des années de fer et de feu en Pologne, entre

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 16 juillet 2008 01:08:21
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Pour des digital humanities davantage embedded

Tandis que, depuis deux jours déjà, l'orage faisait trembler les vitres de l'amphi lyonnais de cette université d'été du CNRS où les grands acteurs français de l'édition électronique en sciences de l'homme et de la société tentaient d'établir des lignes directrices d'une politique, je m'étonnais... Le fossé (le "gap" comme ils disent, car on aime frangliciser, entre spécialistes du r&d digital humanities) entre les techniciens de l'édition électronique et les chercheurs se creuse.  On n'a pas assez parlé d'enquête de besoins, on n'a pas cherché vraiment à connaître les aspirations des communautés scientifiques d'historiens, de linguistes, de sociologues, d'anthropologues... D'un côté, on produit des supermoteurs, des portails ou métaportails, des systèmes de taggage sophistiqués -en tout remarquables- ; de l'autre on répugne à publier des actes de colloque sur le web, on considère les blogs comme d'aimables amusements et on estime que la publication d'une base de données sur le web a moins de valeur scientifique qu'un article dans une revue moyenne... Un étrange fossé. Il y a bien un mouvement initié, un appel d'air induit par la dynamique électronique, quelque chose qui tire les communautés de chercheurs... mais le rapprochement entre les équipes de chercheurs et ceux qui sont prêts à publier leurs tra vaux et leurs sources de manière

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Non-lieu de mémoire?

Quelques heures avant que tout change et que rien ne change, je me plais à écrire à propos de tout autre chose, à propos d'un problème essentiel, qui passe dix kilomètres au-dessus de la tête du citoyen lambda et neuf kilomètres virgule quatre-vingt-dix-neuf au-dessus de la tête des collègues historiens: le piège terrifiant des lois mémorielles. Ces lois furent mises en place d'abord pour contrer les révisionnistes à la Faurisson, rapidement mises en cause par les historiens sous le prétexte que la porte est alors ouverte au contrôle du législateur sur ce qui peut être dit et commenté et ce qui ne souffre aucune discussion. Les lois mémorielles décideraient donc qu'il y a une vérité d'Etat: ce n'est pas une vérité historique, mais une vérité mémorielle. En d'autres termes, nul ne peut contester la pertinence du souvenir de la Shoah. Soit. Il s'agit de souvenir, de mémoire à honorer, de travail de mémoire, on nous l'a assez répété. Soit. Ajouter à cela que la mémoire se crée en raccrochant le passé au présent, joue sur le registre du sentiment, sur le pathos ; ajouter à cela qu'elle est est donc brûlante et aiguisée comme une guillotine de Robespierre. Soit, c'est « culturel ».

Mais le risque est de confondre histoire et mémoire. La mémoire, vous la créez, je la crée, nul besoin d'être historien pour la mettre en oeuvre: les groupes de pression de tout acabit s'en chargent ;

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Réformer!

Deux mille neuf, janvier déjà évanoui, premières lignes de février. Le désir d'écriture se conjoint aux urgences du métier. Ces deux derniers mois ont été lourds, chargés de travail ininterrompu. Des lectures roboratives aussi, qui ont nourri des réflexions critiques. J'ai trois ouvrages en chantier, et notamment un dont vous avez déjà appris le projet si vous êtes un vieux lecteur de ce blog: celui sur la critique du web, qui devient un essai sur la critique historique de l'information, notamment électronique. Plusieurs circonstances, de Fréjus à Rome, m'ont poussé à reprendre le projet.

Les urgences du métier, c'est aussi la crise que traverse actuellement les mondes ouverts des chercheurs et des enseignants-chercheurs. J'écris ici: voilà ma façon à moi de protester contre cette réforme que tout le monde universitaire rejette (je ne connais pas un seul universitaire de sciences humaines qui ne m'en ait pas dit du bien -ce qui n'est même pas arrivé à l'époque de la LRU!). Il faut bien une réforme, certes, mais aussi brutale, sans aucun respect pour les procédures déjà existantes, sans se demander quelles en seront les retombées, c'est « suicider » l'université.

Le corps enseignant et la communauté des chercheurs a bien réagi: la manifestation d'aujourd'hui, à Paris, illustre bien leur détermination: il faut rediscuter ce décret. J'avoue éprouver des regrets, j'aurais dû

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Réformer, encore

Je vis toujours. La lutte des enseignants-chercheurs, relayés puis dépassés par leurs propres étudiants, n'a jamais été aussi déterminée, si éperdue, si suicidaire... elle semble épuisée ici. Iront-ils jusqu'au bout de leurs forces ou devront-ils plier le genou? De toute façon, l'honneur est sauf, mais est-ce que avoir de l'honneur veut encore dire quelque chose -n'est-ce pas délicieusement désuet? Les enseignants-chercheurs que je côtoie me font penser à ces rescapés d'Hiroshima que l'on imagine déambulant comme des fantômes dans les rues déchirées, brûlés, aveugles, morts-vivants, entre les flocons de neige noire. Le passé n'est plus que ruine et on ne leur promet pas d'avenir.

Pour le reste, j'ai toujours envie d'écrire ici. « Reformer » ce blog. On verra si j'y arrive. En tout cas, il refuse qu'on l'achève, Medievizmes!

Par zid dans Combats pour l'Histoire 26 mai 2009 16:56:21
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Une insupportable légèreté

Trois mars 2009, il est presque seize heures, arc-bouté sur des dossiers et des dossiers, comme toujours, je jette un oeil nonchalant sur un message qui vient d'arriver dans ma boîte à courriels, venant de la liste de diffusion/discussion allemande Mediaevistik. « Kölner Stadtarchiv eingestürzt ». Le dépôt d'archives de la ville de Cologne, un des plus importants en Allemagne -déjà si éprouvée par les bombardements de la seconde guerre, de ce point de vue-, vient de s'écrouler sur lui-même, en trois minutes, comme dans un mauvais film catastrophe. Le temps pour le personnel de salle de faire évacuer tout le monde, lecteurs comme archivistes. Trois minutes plus tard, c'est trente kilomètres linéaires d'archives qui sont sous les gravats. 64 000 documents, donc une bonne partie de médiévaux, écrasés sous le béton.

Depuis trois mois, des volontaires se relaient pour extraire des décombres les restes martyrisés du passé de Cologne. L'ampleur des pertes m'indiffère un peu: la perte d'un seul document est pour moi insupportable. Mais le plus insupportable, c'est l'indifférence de bon nombre de mes collègues -et mêmes des archivistes: beaucoup ne savent même pas ce qui s'est passé et, de toute façon, s'en fichent. Comment voulez-vous, dans ce cas, que je prenne au sérieux ces mêmes chercheurs qui tentent de m'expliquer avec sévérité et assurance que ces chartes, ces cartulaires du Moyen Âge

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 3 juin 2009 16:58:24
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