Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

Pillage et archéologie: entre méthode champenoise et nouvelle évangélisation

Chaque jour qui passe me donne des raisons pour tenter de sortir dans le monde, pour ne pas m’enfermer derrière les murs de la Forteresse de la Science.  Cette fois, c’est l’affaire d’un viticulteur de Seine-et-Marne accusé d’avoir pillé au détecteur à métaux un peu partout, par « passion de l’objet » et de la « culture gauloise ». Ce n’est pas un amateur, notre esthète champenois : il avait chez lui pas moins de 2300 objets ainsi « ramassés » et estimés à 150 000 euros. L’article du blog de Pascale Robert Dinard, chroniqueuse au Monde, en dit long, avec une charmante causticité, sur cette affaire.

C’est le moment de tirer à boulets rouges sur les pilleurs de sites qui sont en train de se balader, à l’heure où je vous écris, dans les tranchées archéologiques ouvertes pour l’été, en France, en Navarre et en terre d’Empire. Ces pilleurs profitent de ce que les archéologues leur ont déblayé le terrain pour, nuitamment, promener leur serpent renifleur et  s’emparer des objets en métal, quitte à saccager sans scrupule le travail de l’archéologue en train de dormir, de son côté, d’un honnête sommeil à peine teinté de Jupiler ou de Heineken (selon les pays). Sans rire, c’est une pratique révoltante et ces hommes savent fort bien qu’ils le font contre toutes les lois. J’ai le souvenir d’avoir ainsi, après un petit repas léger comme les archéologues peuvent s’en satisfaire, coursé un pilleur au

Lire la suite

Dix ans

images1

Dix ans. Il y a dix ans déjà, le 27 juillet 2004, dans la chaleur de mon bureau, au labo à Orléans, je publiais la première note de Blitztoire. Il était 15h43.

Tellement de choses se sont passées depuis. Aujourd’hui, je termine ce qui m’a obsédé pendant toutes ces années, mon livre. Enfin. J’ai l’impression de voir devant moi l’immensité du désert, l’horizon sans limite de l’océan. Il reste tout à faire. Heureusement.

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 27 juillet 2014 21:18:09
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

L'édition de textes anciens dans un état critique?

Quelque chose d’important vient d’avoir lieu, autour de l’édition critique et de la possibilité d’appliquer le droit d’auteur à celle-ci. Un jugement du Tribunal de Grande instance de Paris vient de débouter Droz dans une sombre dispute autour de la republication en ligne par Garnier de textes transcrits par « des paléographes » pour le compte de Droz1. Droz est débouté, entre autres et principalement au motif que les textes issus d’une édition critique de type lachmannienne ne sont pas couverts par le droit d’auteur. Le raison en est simple : comme une édition à la Lachmann veut s’approcher au plus près du texte original, de l’archétype, ce n’est donc pas une œuvre originale attribuable à l’éditeur en soi et le droit d’auteur ne s’applique pas à son œuvre. C’est bien le texte de l’auteur médiéval qui est donc édité, libre de droits, évidemment.

Calimaq puis Maïeul Rouquette (sans oublier François-Ronan Dubois) ont déjà très bien commenté le dossier. Mon propos ne sera pas, ici, de répéter tout ce qu’ils ont très bien dit : allez les lire ! Mais plutôt d’apporter quelques réflexions d’historien, de médiéviste proche des textes et de chercheur associé de près ou de loin aux Digital Humanities.

D’abord, c’est, qu’on le veuille ou non, une victoire pour l’édition critique à la Lachmann, d’une certaine façon, puisqu’un juge reconnaît que le fantasme de l’éditeur critique

Lire la suite

Par zid dans Combats pour l'Histoire 14 avril 2014 20:00:25
(4) commentaires Ajouter un commentaire

Apocalypse documentaire

Apocalypse a repassé les plats. Les critiques , qui furent fortes et bien entendues il y a quelques années, sont de plus en plus faibles.

Seules quelques voix discordantes se font entendre, ici ou .  Il faut les écouter. A ces voces clamantes in deserto, je voudrais me joindre. Car Apocalypse est une de ces très perverses créations télévisuelles à vocation culturelle, de ces dernières années.

Certes, elles font de l'audience -probablement davantage grâce à une communication très efficace, mais aussi parce que l'usage s'est répandu de se plonger sur les séries quand elles arrivent à revenir de saison en saison. Et ici, Apocalypse se présente comme une mini-série, la enième saison...

Pour le reste, on nous sert un machin convenu, avec toujours les mêmes images et surtout des  textes historiographiquement datés, voire partisans, anachroniques... Mais je préfère, moi aussi, me pencher sur la fameuse « valeur ajoutée » : l'image colorisée. Je ne parlerai même pas du son plaqué encore plus brutalement que d’habitude...

Les images colorisées. Elles ne sont pas seulement problématiques parce qu'on n'y croit pas, parce qu’elles font faux1. On peut pousser le raisonnement encore plus loin. Le documentaire, ces dernières années, se cherche une nouvelle identité. Il se veut docu-fiction, tente de rejouer la réalité, de s’incruster encore davantage dans la rétine et dans l’estomac de son public. Il veut parler à

Lire la suite

Par zid dans Notes de critique historique 29 mars 2014 01:42:27
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

La kabbale des médiévistes

Il n'est pas facile d'être historien et encore moins médiéviste. Le Moyen Âge est cette terre aride, sèche, que nous peinons à labourer parce que chaque fois que le soc y pénètre, le sol devient poussière et caillasse. Il faut cracher dans la terre pour en faire de la boue, jusqu'à ce que ce soit notre bouche qui s'assèche. Un travail de forçat, de bagnard: celui du médiéviste. Les sources sont sombres, illisibles, diaphanes ou fouillis, elles ne parlent pas quand on les regarde. Ce ne sont pas les midinettes que contemplent les contemporanéistes, ces sources qui gazouillent et pépient au premier coup de cil. Et une fois que nous aurons craché toute l'eau de notre corps, tout reste à faire.

Le contemporanéiste, lui, amasse les gazouillis, les cris et les mots, à la façon d'un fleuriste ou d'un fermier qui lie les gerbes récoltées à pleins bras ou les fleurs tige après tige.  Le médiéviste a les deux genoux plantés dans le sol caillouteux, les deux mains dans la terre boueuse: il façonne de petits golems. Il leur donne vie avec le reste de son souffle. Petits homuncules sans visage, petits êtres juste nommés, les golems des médiévistes vivent cependant. Couché par terre, souillé de poussière et de fatigue, le médiéviste regarde ses petits golems qui vacillent sur le sol parcheminé des ancêtres. Il leur parle avec lenteur et parfois, ils répondent, par saccades. Puis advient le miracle, quand, après les

Lire la suite

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 19 mars 2014 01:13:27
Aucun commentaire Ajouter un commentaire
billets précédents Billets suivants

Catégories

Archives

A propos