Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

novembre 2005

Blitztoire s'efface, Médiévizmes entre en scène.

Cela fait déjà bien longtemps que j'étais titillé par l'envie d'évoluer, de passer à autre chose ou du moins, à continuer autrement. Blitztoire est né dans ma tête en juin puis s'est concrétisé en juillet 2004, après avoir découvert le genre du "blog" au travers des bédéblogs. A l'époque, ils était peu nombreux: maintenant, n'importe quel gamin prépubère qui a un "bon" coup de crayon lance son bdblog, cherchant lui aussi sa part de gloire et rêvant de boire le coup avec Boulet ou Melaka... C'est bien normal et il ne faut gâcher les rêves de personne, surtout s'ils peuvent se réaliser, qui sait ?

J'ai sauté sur 20six, même si j'ai de suite créé un premier compte chez blogger puis chez splinder1: je pensais déjà à évoluer sur une autre plateforme, je n'ai cependant jamais utilisé ces comptes. Puis je me suis incrusté sur 20six. Le titre, Blitztoire, a été trouvé en quelques heures -au contraire de Médiévizmes. J'ai pris un template plus ou moins correct et je n'en ai plus changé. Mes premières notes voulaient décrire ma vie au quotidien, joies et peines, sur un ton très libre et avec un style plutôt très relâché, voire familier. Je voyais ces pages comme un journal presque intime et je me lâchais assez fort. Je n'ai supprimé aucune note (sauf une seule où je me suis rendu compte après l'avoir postée que je faisais acte de médisance gratuite: une

Lire la suite

Pré-médiéval !

Au fil des notes de mon vieux Blitztoire, j’avais épinglé le mépris dont recouvraient bon nombre de nos contemporains pour ce cher Moyen Âge en usant du concept « moyenâgeux » voire « médiéval »  pour qualifier des positions ou des situations jugées mauvaises, rétrogrades, réactionnaires. Je ne suis pas le seul médiéviste à déplorer ces jugements péjoratifs et humiliants, issus d’une méconnaissance du Moyen Âge et de raccourcis de jugement assez suprenants. Mais Tony Blair vient de faire mieux en qualifiant de « pré-médiévale » la guerre religieuse que mèneraient les terroristes islamistes, comme le souligne avec humour Carl Pyrdum dans son blog caustique Got Medieval. Même pas moyenâgeuse, encore pire que ça : pré-médiévale. Sympa. Et après ça, comment voulez-vous que les médiévistes soient crédibles ? Il y a du pain sur la planche !

Le silence

Est-ce parce que l'hiver s'approche à grands pas, parce que j'ai envie de traiter mille dossiers en même temps mais que je n'arrive pas à me saisir complètement d'un seul? Le silence a tout envahi.

Le silence est l'univers de l'historien et plus particulièrement du médiéviste. Nous vivons dans un silence parfois effrayant: le silence des grandes et petites bibliothèques, le silence des dépôts d'archives, le silence des longues nuits de rédaction, ces silences déchirés juste par le bruissement des feuillets tournés ou du clapotis des claviers d'ordinateur -encore que ces bruits-là font partie eux aussi du silence et l'amplifient encore...

Le silence des sources aussi: les hommes qui s'y trouvent mentionnés ne parlent plus, ils parlent la langue des signes et c'est à nous de les comprendre vaille que vaille, griffonnages gothiques sur des gros grimoires grêlés. Les textes nous parlent, répète-t-on à l'envi, comme pour se convaincre de leur volubilité. Fantasme! Nous avons l'impression de les entendre parler, mais c'est nous qui les lisons et nous entendons notre propre voix, quitte à surinterpréter les pages lues. Les textes ne parlent pas: nous parlons pour eux. Il nous appartient de tenter de bien lire ce qu'ils consignent: c'est ce qu'on appelle la critique historique. C'est valable pour le Moyen Âge, c'est valable pour toutes les époques, même pour le moindre article

Lire la suite

Par dans Continuités et ruptures d'Histoire 21 novembre 2005 00:00:00
(1) commentaire Ajouter un commentaire

Faire la cour aux manuscrits

Depuis la salle des manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France

Saint des saints, lieu sacré. Alentour, des boiseries odorantes, des manuscrits passés, des lecteurs à l'air concentré. Et moi au milieu de tout cela, face au cartulaire des chapelains de la cathédrale de Laon, Nouv. acq. lat. 3098, du XIIIème - XIVème s., beau petit in quarto aux folios serrés dans une reliure carton due à une belle restauration. Silence, toujours. Tapotis sur les claviers d’ordinateur. Bruit sourd des moteurs des lecteurs de microfilms. Ambiance unique.

Que faire de ce vieux manuscrit ? Le dépouiller brutalement ? Le lire ligne à ligne ? Le retourner dans tous les sens, y chercher les traces matérielles de sa conception, chercher l’âge du scribe ?

Les manuscrits. J'y suis bien. Mais ici l'ambiance est tellement feutrée, les manuscrits y sont comme des bébés que l'on visite entre deux séjours à la couveuse, comme ces pages d'herbiers anciens que l'on tourne avec une prudence extrême pour ne pas voir les feuilles séchées tomber en poussière. Ah, dans les dépôts d'archives de province, l'ambiance est plus bonhomme. Ici tout suinte l'hyperrespect. Lieu sacré, décidément.

Les manuscrits. Devant moi, une jeune étudiante à l'air sec et au visage fermé, doctorante certainement. Une méchante grimace barre son visage blanc qui va de l'ordinateur portable au manuscrit XVIIIème s. devant lequel elle semble peiner.

Lire la suite

Par dans Mes histoires de médiéviste 25 novembre 2005 00:00:00
(6) commentaires Ajouter un commentaire

Catégories

Archives

A propos