Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

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décembre 2014

Autour de "History Manifesto" - 1. une affaire de "comm"

En octobre 2014, est donc paru aux Etats-Unis, aux prestigieuses Cambridge University Press, un petit brûlot –ou du moins un ouvrage qui se veut tel- intitulé avec une certaine audace History Manifesto, par deux historiens contemporanéistes, David Armitage et Jo Guldi1. C’est un essai court et percutant, comme savent en écrire les savants américains, construit autour de quelques idées-clé : l’historien n’est plus écouté par le monde des décideurs qui tendent désormais l’oreille vers les économistes et les sociologues. Or il est temps que les historiens soient à nouveau entendus car ils peuvent faire tomber les œillères de ces décideurs, en leur montrant qu’il n’y a pas que les chemins qu’ils ont choisi actuellement, ces chemins qui frôlent dangereusement les gouffres de l’inégalité sociale et du désastre climatique. Les historiens peuvent donner la preuve qu’on peut vivre autrement et tenter d’autres solutions en les mettant au jour. Mais à l’heure actuelle, poursuivent Guldi et Armitage, force est de constater que les historiens n’ont plus voix au chapitre. Pourquoi ? Parce qu’ils ont cédé aux sirènes confortables du short termism, des petits sujets bien balisés, des recherches monographiques (étonnamment, le terme n’est jamais utilisé dans livre et le concept de synthèse bien peu évoqué), disons-le tout net, en tremblant : de la « micro-histoire ». « Il faut donc » que l’historien s’ouvre les

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Par Paul dans Combats pour l'Histoire 15 décembre 2014 07:00:00
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Autour de "History Manifesto" - 2. caricaturer ou catalyser?

Je n’ai pas l’intention de clouer au pilori History Manifesto en l’accusant à mon tour des défauts déjà relevés par les autres recenseurs, même si une lecture attentive m’a convaincu de leur pertinence. J’en évoquerai quelques-uns, me contentant de suivre les réflexions francophones. Claire Lemercier a ainsi évoqué les problèmes liés à l’interprétation des corpus de données utilisés (ou non) par les auteurs pour nuancer fortement le discours de Guldi et Armitage sur la longue durée, soi-disant délaissée selon eux: cet abandon de la longue durée est tout sauf évident pour elle et les raisons pour lesquelles certaines enquêtes sont plus sévèrement délimitées chronologiquement que d’autres tiennent avant tout à des contingences multiples et non à une adhésion à une forme de « micro-histoire »1. Elle a montré par ailleurs que les historiens, du moins dans le monde européen (et francophone en particulier) sont de plus en plus « en prise » et « en phase » avec le monde scientifique comme avec le « grand monde » grâce à l’usage intensif (et réel) de l’Open Access, en soulevant notamment l’impact des carnets de recherche de la plate forme Hypotheses2. Serge Noiret, dans un des commentaires à ce billet, a stigmatisé l’absence de réflexion des auteurs autour de la Public History, dont l’impact social est d’autant plus évident qu’il en constitue le premier objectif3.  Gabriel Galvez-Behar insiste de son

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Par Paul dans Combats pour l'Histoire 17 décembre 2014 00:08:00
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Autour de "History Manifesto" - 3. Les données sont-elles "le pain de l'historien"?

La masse des archives est une des justifications sur lesquelles Guldi et Armitage construisent leur argumentation. « Archives » est un mot qui revient sans arrêt de manière négative, dans History Manifesto, tandis que « data » est son pendant positif. Les deux faces de Janus. Les archives semblent une déclinaison péjorative de la source, pour les deux auteurs. Selon eux, c’est parce que les étudiants vont se perdre dans leurs sources –dans leurs « archival sources » donc– qu’ils ne pourront avoir cette big picture tellement importante (p. 38).  Un historien qui approfondit une source d’archive à la fois, comme Geoff Eley et tous ceux de sa génération, dans les années soixante-dix, cela sonne comme un glas désespérant, à lire Guldi et Armitage1. Pire, la maîtrise des archives semble être devenue alors pour eux une sorte de nécessité ontologique, une obligation douloureuse pour tout historien qui se respecte, en ces années de décadence historiographique. Les deux auteurs décrivent le travail “sur archives” comme un « coming-of-age ritual for a historian, one of the primary signs by which one identified disciplined commitment to methodology, theoretical sophistication, a saturation in historiographical context, and a familiarity with documents » (p. 44). Et la stigmatisation continue : « Gaining access to a hitherto unexploited repository signalled that one knew the literature well enough to identify the gaps within it, and

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