Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

mars 2014

La kabbale des médiévistes

Il n'est pas facile d'être historien et encore moins médiéviste. Le Moyen Âge est cette terre aride, sèche, que nous peinons à labourer parce que chaque fois que le soc y pénètre, le sol devient poussière et caillasse. Il faut cracher dans la terre pour en faire de la boue, jusqu'à ce que ce soit notre bouche qui s'assèche. Un travail de forçat, de bagnard: celui du médiéviste. Les sources sont sombres, illisibles, diaphanes ou fouillis, elles ne parlent pas quand on les regarde. Ce ne sont pas les midinettes que contemplent les contemporanéistes, ces sources qui gazouillent et pépient au premier coup de cil. Et une fois que nous aurons craché toute l'eau de notre corps, tout reste à faire.

Le contemporanéiste, lui, amasse les gazouillis, les cris et les mots, à la façon d'un fleuriste ou d'un fermier qui lie les gerbes récoltées à pleins bras ou les fleurs tige après tige.  Le médiéviste a les deux genoux plantés dans le sol caillouteux, les deux mains dans la terre boueuse: il façonne de petits golems. Il leur donne vie avec le reste de son souffle. Petits homuncules sans visage, petits êtres juste nommés, les golems des médiévistes vivent cependant. Couché par terre, souillé de poussière et de fatigue, le médiéviste regarde ses petits golems qui vacillent sur le sol parcheminé des ancêtres. Il leur parle avec lenteur et parfois, ils répondent, par saccades. Puis advient le miracle, quand, après les

Lire la suite

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 19 mars 2014 01:13:27
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

Apocalypse documentaire

Apocalypse a repassé les plats. Les critiques , qui furent fortes et bien entendues il y a quelques années, sont de plus en plus faibles.

Seules quelques voix discordantes se font entendre, ici ou .  Il faut les écouter. A ces voces clamantes in deserto, je voudrais me joindre. Car Apocalypse est une de ces très perverses créations télévisuelles à vocation culturelle, de ces dernières années.

Certes, elles font de l'audience -probablement davantage grâce à une communication très efficace, mais aussi parce que l'usage s'est répandu de se plonger sur les séries quand elles arrivent à revenir de saison en saison. Et ici, Apocalypse se présente comme une mini-série, la enième saison...

Pour le reste, on nous sert un machin convenu, avec toujours les mêmes images et surtout des  textes historiographiquement datés, voire partisans, anachroniques... Mais je préfère, moi aussi, me pencher sur la fameuse « valeur ajoutée » : l'image colorisée. Je ne parlerai même pas du son plaqué encore plus brutalement que d’habitude...

Les images colorisées. Elles ne sont pas seulement problématiques parce qu'on n'y croit pas, parce qu’elles font faux1. On peut pousser le raisonnement encore plus loin. Le documentaire, ces dernières années, se cherche une nouvelle identité. Il se veut docu-fiction, tente de rejouer la réalité, de s’incruster encore davantage dans la rétine et dans l’estomac de son public. Il veut parler à

Lire la suite

Par zid dans Notes de critique historique 29 mars 2014 01:42:27
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

Catégories

Archives

A propos