Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

novembre 2008

Non-lieu de mémoire?

Quelques heures avant que tout change et que rien ne change, je me plais à écrire à propos de tout autre chose, à propos d'un problème essentiel, qui passe dix kilomètres au-dessus de la tête du citoyen lambda et neuf kilomètres virgule quatre-vingt-dix-neuf au-dessus de la tête des collègues historiens: le piège terrifiant des lois mémorielles. Ces lois furent mises en place d'abord pour contrer les révisionnistes à la Faurisson, rapidement mises en cause par les historiens sous le prétexte que la porte est alors ouverte au contrôle du législateur sur ce qui peut être dit et commenté et ce qui ne souffre aucune discussion. Les lois mémorielles décideraient donc qu'il y a une vérité d'Etat: ce n'est pas une vérité historique, mais une vérité mémorielle. En d'autres termes, nul ne peut contester la pertinence du souvenir de la Shoah. Soit. Il s'agit de souvenir, de mémoire à honorer, de travail de mémoire, on nous l'a assez répété. Soit. Ajouter à cela que la mémoire se crée en raccrochant le passé au présent, joue sur le registre du sentiment, sur le pathos ; ajouter à cela qu'elle est est donc brûlante et aiguisée comme une guillotine de Robespierre. Soit, c'est « culturel ».

Mais le risque est de confondre histoire et mémoire. La mémoire, vous la créez, je la crée, nul besoin d'être historien pour la mettre en oeuvre: les groupes de pression de tout acabit s'en chargent ;

Lire la suite

Catégories

Archives

A propos