Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

juillet 2008

Historiographie, émotions: « Ecrire l'histoire »

Une nouvelle revue d'Histoire vient de naître, à la croisée du « grand public » et du monde scientifique: Ecrire l'histoire, avec comme sous-titre: Histoire-Littérature-Esthétique. Qu'une nouvelle revue sorte dans un contexte troublé comme le nôtre est déjà remarquable en soi ; mais les caractéristiques natives de l'objet le rendent encore plus admirable: outre les qualités de mise en page (un beau format « carré », un beau papier, des illustrations -un peu faibles cependant-, une mise en texte originale), la revue se distingue par son objet: l'Histoire telle qu'on l'écrit. Dirigée par des littéraires, elle associe historiens et spécialiste de la littérature ou de l'image ; elle couvre toutes les périodes. L'histoire telle qu'on l'écrit: cela signifie l'historiographie, à toute époque -et on y lit déjà de belles contributions sur la naissance de l'Histoire comme science au XIXe s.

Le premier numéro démarre fort, avec comme thématique centrale les émotions telles que transmises dans le récit historique. Les émotions sont un objet d'interrogation sociale (voire sociologique) relativement neuf, largement dominant dans le discours contemporain, : il suffit de renvoyer à une de mes vieilles notes et à l'ouvrage de Christophe Prochasson pour s'en rendre compte, s'agissant des émotions qui déforment la vision de l'historien. Mais les émotions sont aussi un objet à

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Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 5 juillet 2008 03:58:55
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L'OVNI « dossier Bertrand »

Sur un ovni dans la littérature scientifique, le genre d'ouvrage qui ne sera lu que pour être massacré ou adoré1.

Philippe Artières -dont les préoccupations (habilitatoires?) sur les écritures ordinaires se rapprochent des miennes, lui sur l'époque contemporaine, moi sur le Moyen Âge- a convoqué une tripotée d'historiens contemporanéistes autour d'un dossier d'archives acheté sur un marché aux livres anciens à Paris. Une centaine de feuillets de la fin du XIXe s à 1944, un dossier intitulé d'un coup de crayon "Procès Bertrand" par un archiviste (?) sur la liasse. Des bribes de vie éparses, jetées çà et là sur des feuilles: des morceaux de la vie de Joseph Daniel Bertrand, banquier à Lille dans l'entre-deux-guerres, autour d'un procès qui le voit condamné pour faux et fausse dénonciation d'un ex-gendre notaire. Celui-ci, divorcé de la fille de Joseph Daniel Bertrand, est accusé par une lettre "anonyme" d'être un margoulin en affaires. Cette lettre serait-elle de la plume du banquier Bertrand? Des graphologues, experts en écriture, archivistes paléographes pensent découvrir le pot-aux-roses. Le dossier tourne autour de cette histoire, il émane de Joseph Daniel Bertrand.

L'autre dynamique du livre, la principale, consiste en la mise en place d'un cadavre exquis par cinq historiens qui s'emparent chacun du dossier, l'analysent chacun de leur côté puis se retrouvent pour

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Par zid dans Notes de critique historique 12 juillet 2008 23:59:45
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Bronislaw Geremek ou une certaine vision de l'Histoire

Bronislaw Geremek est mort. Ce n'est pas nouveau, je n'apprends rien aux médiévistes et probablement rien à aucun de mes lecteurs. Mais avec lui, ce n'est pas simplement un homme politique qui disparaît. Historien, médiéviste, militant, il a lutté pour une certaine idée de la liberté contre un communisme purulent, il a risqué sa vie pour cela et passé des années en prison... En reste-t-il encore beaucoup, de ces historiens du combat, des historiens de la vieille garde, des grandes années du séminaire de Jacques le Goff, rue des Feuillantines, dans les glorieuses '60 ou '70 ? Où sont-ils, ces historiens qui prennent des risques, qui osent des prises de position sociales, politiques, philosophiques, avec de vraies conséquences -et je ne parle pas des disputes scolastiques, mais de vraie politique, au sens noble ?

Bronislaw Geremek a commencé sa carrière d'historien en France, en travaillant sur la pauvreté, les exclusions sociales. Puis il a choisi la lutte avec Solidarnosc, faisait partie de ces élites intellectuelles qui ont soutenu Lech Walesa, tout à l'origine de la chute des régimes de l'Est... Enfin il a mené une carrière d'homme d'Etat -non pas simplement de politicien, mais d'homme d'Etat, polonais et européen convaincu, comme doit l'être tout historien qui se respecte.

J'ai entendu parler de lui pendant mes études d'historien, au moment des années de fer et de feu en Pologne, entre

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 16 juillet 2008 01:08:21
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