Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

janvier 2007

Une nouvelle année de Médiévizmes

 

Une nouvelle année de Médiévizmes. L'an passé a été un peu léger, en terme de « blogage ». Ce n'est pas faute d'avoir des idées de « notes », mais plutôt de manquer de temps. Mauvaise excuse, je sais...

Alors, vais-je vous servir la bonne résolution bidon, vous promettre la note quotidienne ? Ce n'est pas l'envie qui manque, mais je ne vous la ferai que donnant-donnant! Note contre commentaires...

Lors d'une note récente, J.-L. Deuffic (du blog Pecia, consacré au manuscrit médiéval) s'est à juste titre emporté contre les malandrins qui démembrent des manuscrits pour les vendre feuille à feuille. Ceux qui me suivent depuis longtemps savent que, dans une autre vie (et même il n'y a pas si longtemps), j'ai déjà enfourché mon destrier pour me lancer dans cette croisade-là! Ca avait remué mes lecteurs, mais étonnamment, pratiquement pas de réaction de collègues de la profession. Cependant, en décembre passé, ce sont des commentaires de collègues qui se sont alignés sous la note de Pecia, se nommant parfois, s'impliquant en tout cas. Pourquoi ont-ils commenté ici? Parce que Pecia fait plus « sérieux » que Médiévizmes ? Parce que J.-L. Deuffic ne se dissimule pas sous un pseudonyme (en fait, le mien n'est plus qu'une vieille couverture trouée et élimée de partout)? Ou tout simplement parce que le temps est venu, que les historiens commencent lentement à apprivoiser l'instrument?

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Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 5 janvier 2007 23:20:58
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Telma

 

Ca y est, Got l’a annoncé il y a deux semaines déjà: Telma est publiée. Mon silence de ces dernières semaines tenait principalement à la préparation de cet instrument. Telma : centre de ressources numériques du CNRS, dédié à la publication électronique des sources manuscrites, au Traitement ELectronique des Manuscrits et des Archives. Le CNRS avait demandé à deux des  plus importantes institutions de recherche sur le document historique en France, l’Ecole nationale des Chartes et l’Institut de recherche et d’histoire des textes, de monter un centre de ce type en quelques mois, qui respecte tous les grands principes de l’accès libre, du logiciel libre, dans une logique du type digital humanities. J’en étais.

Et nous y sommes arrivés. Telma, www.cn-telma.fr, est plus qu’une simple plate-forme d’édition électronique dont la technologie est ouverte, mise à disposition de tous. Je suis en effet intimement convaincu qu’avec Telma, c’est une nouvelle philosophie de l’édition électronique qui dépasse les ordres traditionnels définis par Lachmann ou Bédier. C’est le temps de l’édition en mouvement, de l’hyperinterrogation, du dialogue constant entre l’éditeur et l’utilisateur, du « presque collaboratif », c’est le temps de la vraie gratuité scientifique et de la libre disposition des savoirs et des techniques à tous, c’est le temps d’une vraie  réflexion sur la pérennité des données et l’adoption de

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 8 janvier 2007 22:19:40
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Poncif, style, topoï

 

Baudelaire : « il faut que l’auteur ait un poncif » [en français dans le texte]. Le poncif est un dessin du tapis. Léautaud –j’ai terminé ces jours-ci la traduction de In memoriam – note aussi, le 31 mars 1930 : « André Gide n’écrit pas des livres qu’un autre aussi pourrait écrire. C’est l’un de mes critères dans le jugement d’œuvres littéraires : si quelqu’un d’autre que leur auteur aurait pu les écrire ». Excellent. D’autre part, il faut éviter que le motif du tapis se change en rengaine. L’original devient cliché –bien des auteurs, ayant réussi un bon livre, se mettent à se recopier eux-mêmes… « déballent tout ce qu’ils ont à déballer ».

 

Encore du Jünger1. Que c’est vrai tout cela ! –et on peut l’étendre non seulement aux bons livres, mais aussi aux « livres qui marchent », qui se vendent bien. Pour preuve la diarrhée de romans ou de bandes dessinées dans le genre Dan Brown, ou encore dans le style guimauve comme les machins de Marc Levy.

Mais revenons au Moyen Âge. On distinguerait donc le « poncif » au sens Baudelaire-Jünger des topoï qui caractérisent une œuvre littéraire (ou « diplomatique », comme une charte) : ces topoï sont donc plutôt de l’ordre de la rengaine, des expressions-types qui reviennent sans arrêt, des tics d’écriture, conscients ou inconscients : des expressions personnelles qui renaissent souvent sous la plume, des traits qui troussés en

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Par zid dans Notes de critique historique 15 janvier 2007 22:38:53
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La danse des cinq voiles

Une chaîne, pas dorée mais amusante, qui circule dans un certain monde des blogs et qui m’arrive par Manue. Selon les principes définis à l’avance, je dois vous livrer cinq choses me concernant que je ne vous ai pas encore dévoilées. Je m’exécute.

  1. J’aime le risque, les coups de dés, le jeu sur le fil du rasoir. Souvent ce sont des risques calculés, de plus en plus d’ailleurs, mais il y a quelques années ils étaient plus chaotiques et il arrivait souvent, dans mes figures acrobatiques, que j’encadre la planète (comme dirait Buck Danny –à moins que ce ne soient Tanguy et Laverdure, je ne me souviens plus trop). C’est ainsi que mes premières années de conduite automobile sont jonchées de cadavres de voitures –je précise que je ne faisais le casse-cou qu’en rase-campagne, tout seul (mais n’est pas Sébastien Loeb qui veut…).

  2. Je ne suis jamais devenu un grand pilote, probablement parce que je ne suis pas doué du point de vue coordination des mouvements, psychomotricité comme on dit. En d’autres mots : on ne voulait pas de moi dans les équipes de foot à la récréation en primaire comme en secondaire. Je n’ai, je pense, marqué qu’un seul but durant mes dix-huit premières années, c’était en dernière année de primaire : un de mes rares moments sportifs glorieux. D’où une aversion réelle pour les sports d’équipe. Sauf à la télévision et dans certains cas précis, notamment le mondial 1990 que j’ai suivi avec

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Par zid dans Mes histoires de médiéviste 27 janvier 2007 14:02:48
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Le trafic des reliques de Jean-Paul II

A la mort de Jean-Paul II, je m'étais intéressé de très près à tout ce mouvement de canonisation populaire qui s'était alors révélé:« santo subito »! Puis le temps a passé et on a oublié ce cyclone médiatique. Enfin... presque tout le monde. Il semblerait bien qu'existe un trafic de reliques de Jean-Paul II: on trouve, par exemple sur ebay, des « reliques » du pape, comme ce bout de tissu, dûment identifié (une « authentique » ultra-contemporaine!), enchâssé dans un mini-reliquaire et accompagné par un sceau en cire destiné à authentifier (ici, ce qui se trouve marqué sur le sceau importe peu -d'ailleurs ce n'est a priori pas très lisible-, ce qui compte c'est la réputation d'authenticité qui accompagne l'apposition d'un sceau, qui renvoie aux sceaux sur les reliquaires, à la tradition de l'Eglise, etc...).

Image1

Evidemment, ce sont des « reliques de contact », comme disent les historiens: des tissus, portés ou non par le défunt pape mais surtout frottés à son tombeau, participant ainsi de sa puissance sacrée par ce contact. Ce n'est pas nouveau: les premières reliques étaient avant tout des reliques de contact (ayant touché le Christ, etc...-au départ, ce n'étaient même pas des reliques, mais plutôt des souvenirs ramenés de Terre Sainte par les premiers pélerins, cailloux du Golgotha, poussière de Nazareth, eau du Jourdain...). Toucher le corps d'un personnage réputé saint

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Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 29 janvier 2007 00:40:00
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Réformer!

Deux mille neuf, janvier déjà évanoui, premières lignes de février. Le désir d'écriture se conjoint aux urgences du métier. Ces deux derniers mois ont été lourds, chargés de travail ininterrompu. Des lectures roboratives aussi, qui ont nourri des réflexions critiques. J'ai trois ouvrages en chantier, et notamment un dont vous avez déjà appris le projet si vous êtes un vieux lecteur de ce blog: celui sur la critique du web, qui devient un essai sur la critique historique de l'information, notamment électronique. Plusieurs circonstances, de Fréjus à Rome, m'ont poussé à reprendre le projet.

Les urgences du métier, c'est aussi la crise que traverse actuellement les mondes ouverts des chercheurs et des enseignants-chercheurs. J'écris ici: voilà ma façon à moi de protester contre cette réforme que tout le monde universitaire rejette (je ne connais pas un seul universitaire de sciences humaines qui ne m'en ait pas dit du bien -ce qui n'est même pas arrivé à l'époque de la LRU!). Il faut bien une réforme, certes, mais aussi brutale, sans aucun respect pour les procédures déjà existantes, sans se demander quelles en seront les retombées, c'est « suicider » l'université.

Le corps enseignant et la communauté des chercheurs a bien réagi: la manifestation d'aujourd'hui, à Paris, illustre bien leur détermination: il faut rediscuter ce décret. J'avoue éprouver des regrets, j'aurais dû

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