Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

septembre 2006

Surréalisme scientifique

Tous ceux qui connaissent un peu la Belgique savent que c’est la patrie du surréalisme et de l’absurde. Je passerai ici sur les dernières pitreries communautaires pour insister sur ce qui me tient plus à cœur : la situation de ce qu’on appelle, au plat pays, « les établissements scientifiques fédéraux », au sein duquel on compte des musées, les Archives Générales du Royaume (l’équivalent des Archives de France), la Bibliothèque Royale (l’équivalent de la Bibliothèque Nationale de France), l’Institut royal météorologique… en tout dix établissements de recherche et de conservation, un peu comme la colonne vertébrale du patrimoine et de la culture en Belgique. Eh bien, ces dix établissements sont menacés de fermeture totale ou partielle ; leur fonctionnement pourrait être compromis plus ou moins gravement par l’incurie politique. Un refinancement complet s’impose, non pour améliorer ou revitaliser, mais tout simplement pour survivre, comme l'explique cet article de la Libre Belgique. L’idée semble acquise du côté du ministère de la recherche scientifique, encore faut-elle que le gouvernement belge dans son ensemble accepte le plan de refinancement. Surréaliste… ou tragique ?

Par zid dans Combats pour l'Histoire 5 septembre 2006 00:05:29
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Jüngeriana I

« On vole aux enfants le conte, aux adolescents le mythe, aux hommes l’histoire, aux vieillards le mourir. L’intellect et l’énergie sont en croissance, et avec eux les cavernes tectoniques »1. Qui oculos habet legendi, legat.

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 6 septembre 2006 22:27:42
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VII. id. Sept. Natalis s. Madelbertae

 7 septembre : c’est le dies natalis de sainte Madelberte, abbesse de Maubeuge, une hypothétique religieuse mérovingienne, toute aussi hypothétique sainte. Vénérée à Maubeuge, on ne sait rien d’elle, si ce n’est qu’elle a été abbesse et qu’elle fut la fille de la première abbesse et sainte fondatrice (répondant au doux nom d’Aldegonde) et la sœur de la seconde abbesse, sainte Aldetrude. Le seul texte médiéval qui parle d’elle, sa biographie, est un tissé de généralités, de banalités, de lieux communs de la littérature hagiographique, recopiant sans vergogne des extraits entiers des vies des illustres abbesses n° 1 et 2. Son culte est limité à Maubeuge, à Liège et à la Saxe où des reliques arrivent au Xe s. Une seule église est consacrée à Madelberte : celle de Celles-lez-Waremme.

Pourquoi diable se pencher sur ce genre de personnage inconsistant, diaphane, voire légendaire ? Ce ne sont pas les personnages qui m’intéressent, tels qu’ils ont vécu ou auraient vécu, mais ce sont leurs images, leurs représentations, ce qu’on en a fait. La personne reconstruite de Madelberte, la figure emblématique de Madelberte me parle bien davantage que la vraie Madelberte, si elle a jamais existé. Voilà mon Moyen Âge...

Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 7 septembre 2006 23:58:51
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Un Moyen Âge de pacotille

De toute éternité, des hommes se sont emparés de l’histoire. Au fil des siècles et de l’emprise du scientisme, l’histoire s’est professionnalisée. Ils ont appris des techniques, acquis des savoirs qui leur permettent de mieux appréhender le passé que ne le firent nos ancêtres. A côté de ces professionnels de l’histoire, on a toujours compté avec des historiens « amateurs », passionnés qui se frottent au passé avec plus ou moins de bonheur : au XVIIIe, XIXe et dans la première moitié du XXe s., des érudits locaux ont fait avancer la connaissance de l’histoire d’une manière essentielle. Instituteurs, avocats, notaires, médecins… tous maîtrisant les langues passées avec un bonheur inégal, consacrant leur temps libre à lire les anciens et à s’immerger dans les flots d’archives grises pour y faire l’histoire de leurs ancêtres, de leur village, de leur église… Si on se défie de leurs travaux parfois, on en tire toujours un profit, même minime : ils ont vu les documents et ont été comme des défricheurs, dressant des tableaux généalogiques, jetant les bases d’une histoire des événements locaux. Ils ont nettoyé le terrain pour les professionnels. Les généalogistes de nos dernières décennies peuvent encore, pour certains du moins, jouer ce rôle, à condition qu’ils ne se contentent pas de dresser des tableaux secs et sans âme.

Mais une autre race d’ « amateurs » a vu les jours, depuis quelques années :

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3500 manuscrits médiévaux menacés à Karlsruhe

Que les politiques aient de plus en plus de mal à comprendre ce que signifient « culture » et « patrimoine » au-delà du quai de Branly et de la nuit des publivores, nous en étions tous bien conscients.

Mais qu’ils se mettent maintenant à abandonner des manuscrits médiévaux destinés à être vendus sur la place publique… là, ça dépasse tout ce que j’ai déjà entendu. L’affaire se passe au Baden-Württemberg et est maintenant discutée avec entrain : le gouvernement du Land veut abandonner au Markgraf de Baden 3500 des 4200 manuscrits, principalement médiévaux, de la bibliothèque du Land à Karlsruhe. Ce quidam veut les vendre aux enchères pour en tirer 70 millions d’euros afin de restaurer un château. Inutile de dire que les manuscrits vendus de la sorte disparaissent à tout jamais de la vie publique, pour entrer dans des collections privées où plus aucun chercheur ne pourra jamais les consulter. C’est une vraie perte pour le patrimoine européen, à une période où on veut le préserver mieux que jamais.

Il y a bien une solution pour nous, chercheurs : la mobilisation.

Je viens de recevoir, sur la liste de diffusion Apilist, le message suivant , de la part de Michele C. Ferrari, Erlangen (Michele.C.Ferrari at as.phil.uni-erlangen.de)


Chers collègues,

L'état du Baden-Württemberg a l'intention de faire vendre une bonne partie  des manuscrits de la Badische Landesbibliothek (avec, entre autres, la  collection des codices de

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