Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

août 2006

Anniversaire

Il y a deux ans déjà, le 27 juillet 2004, je commençais un blog, sur 20six : Blitztoire. Le blog commençait à se répandre mais n’avait pas encore l’aura qu’il a aujourd’hui, ayant supplanté tous les sites persos… Simple d’utilisation, interactif, le système m’avait séduit aussi par la possibilité d’entrer dans une ou plusieurs communautés de « blogueurs » : c’est l’envie de faire connaître la pratique historienne, et au-delà, la pratique d’un historien, qui m’a poussé à ouvrir Blitztoire, avec l’espoir d’en parler avec des spécialistes comme des moins spécialistes.

Il n’y a pas de miracle : un blog, tout le monde le sait, ça s’entretient. J’ai donc « posté » régulièrement des notes durant la première année, avec l’esprit libre et le volonté de faire de l’histoire autrement. Certes, je m’amuse beaucoup comme historien professionnel, mais je voulais prendre mon métier avec plus de légèreté dans Blitztoire. Tout ce que j’y ai écrit était pensé, mais avec plus de liberté que dans un article destiné à une revue scientifique à comité de lecture justement sourcilleux. J’ai mêlé actualité et histoire, points de vie de tous les jours, réflexions et sentiments de médiéviste au travail. Cette première année fut fascinante ; elle correspondait aussi à la montée en régime du genre « blog » : c’est durant l’année 2004 et le début de 2005 que le blog fut pris en main par bien

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Par zid dans Mes histoires de médiéviste 1 août 2006 19:09:42
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8 décembre 1914 : deux mille morts au large des Falklands

Au bout de trois semaines de retrouvailles multiples. Sur mes terres ancestrales, des lectures multiples, dont les souvenirs de course du commandant en second du croiseur allemand Gneisenau, Hans Pochhammer, au début de la première guerre mondiale1. J’y ai retrouvé des souvenirs des récits de l’Oncle Paul, parus dans Spirou durant les années soixante-dix et quatre-vingts : c’est probablement aussi par ces récits d’histoire assez anecdotiques que le virus de l’histoire s’est lentement inoculé en moi. Mais le plus terrible dans ce récit de batailles aussi courtes que dramatiques –des mois de croisière pour deux batailles de quelques heures, l’une gagnée, celle de Coronel, l’autre perdue, celle des Falklands-… le plus terrible, ce sont les chiffres. Lors de cette dernière bataille, les anglais coulèrent quatre croiseurs allemands, dont les effectifs se portaient en tout à 2 200 hommes. Du Scharnhorst, le croiseur amiral du comte Von Spee, aucun survivant ; du Gneisenau, 187 arrachés à la mer ; du Leipzig, 18 ; du Nürnberg, 10. Soit 2 000 hommes qui disparurent en quelques heures au large des Falklands. Et, étonnamment, ces pertes colossales – mais les saignées n’étaient-elles pas aussi terribles sur l’Yser, sur la Somme au même moment ? – ne semblent impressionner personne alors, pas plus les vainqueurs que les vaincus. Des chiffres hallucinants à notre époque, quand on sait que les Américains n’ont pas davantage

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Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 23 août 2006 17:47:26
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La guerre fraîche et joyeuse

Après avoir discuté avec N, qui planche sur la guerre 14-18 pour sa thèse, à propos de Marc Bloch durant cette guerre, le doute s’était levé en moi : et s’il n’y avait guère eu de patriotisme durant la Grande Guerre ? Deux écoles s’opposent en France : l’une qui soutient que les Français étaient tous patriotes, prêts à partir au combat sans sourciller et prêts à se faire massacrer… l’autre qui pense que la majorité des soldats n’avaient guère de sentiment patriotique.

A ce propos, éclairante est la lecture des récits de guerre, autobiographiques, de Martial Lekeu, franciscain et commandant d’artillerie pendant la Grande Guerre : Mes cloîtres dans la tempête, Paris, 1ère édition en 1922, ici 1939. Un récit picaresque, où notre bon disciple de saint François en prend à son aise avec l’humilité conventuelle… mais, à le lire bien, un récit qui en dit long sur la mentalité des soldats alors. Martial Lekeu est officier d’artillerie dans l’armée belge : il décrit l’euphorie de l’entrée en guerre dans la ville de Liège.

« En ville, c’est une ébullition. Le sang liégeois, allumé par le bruit du canon, bouillonne dans cette foule. Les autos, à une allure folle, les caissons, en vacarme, les troupes bariolées, cyclistes, cavaliers, chasseurs, se croisent, se bousculent et disparaissent, engouffrés tous dans la même direction : l’ennemi.

« Un peloton de lanciers débouche en ouragan sur la place

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Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 29 août 2006 14:08:27
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Investiture par les clés

Aujourd’hui, j’ai quitté mon ancien appartement et assisté à l’état des lieux de sortie, avec la propriétaire et la nouvelle locataire, dressé par un sourcilleux et minutieux huissier convoqué à ce titre. Le plus amusant fut la remise des clefs de l’endroit, que l’huissier a scrupuleusement comptées et décrites. Il m’enjoignit de suivre le rituel suivant : il fallait que je les rende à la propriétaire puis qu’elle les confie à la nouvelle locataire dans un second temps, le tout sous ses yeux assermentés. Le Moyen-Âge n’est jamais loin : lorsqu’alors on quittait un bien (fief ou autre) en tant que « locataire », on devait le remettre symboliquement (fétu, motte de terre…) dans les mains du propriétaire (la « dévêture ») qui alors s’en défaisait de la même façon pour le confier au nouveau « locataire ». Cela s’appelait l’ « investiture ». Un officier public, notaire ou autre « maire » de « cour foncière », assistait à la chose qui était consignée dans les règles. J’ai tenté d’expliquer ma constatation à la petite assemblée, de leur faire part de cet amusant parallélisme, mais c’est tombé à plat. Nous n’étions pas là pour de superficielles pensées, mais pour l’essentiel : j’avais trop ciré les parquets et oublié de retirer quatre clous.

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 31 août 2006 23:52:17
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