Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

mars 2006

Un moment de gloire éphémère…

Un peu d’auto-encensement ne fait de mal à personne. Voilà que France Culture et la Nouvelle Fabrique de l’Histoire s’est penchée sur mon humble blog, parmi d’autres blogs d’historien. Thomas Baumgartner, journaliste à cette belle émission, a tenté de me contacter depuis jeudi pour l’emission de vendredi passé. Je remercie au passage Got et Ex-tirp qui m’ont prévenu bien amicalement par téléphone de ces tentatives, ayant repéré un commentaire de ce bienveillant journaliste sur mon blog : je m’étais replié dans mes vertes (enfin, blanches) campagnes natales pour quelques jours, sans accès à mon bel instrument de communication historienne. Je pus donc me livrer aux joies de l’interview téléphonique, fort agréable d’ailleurs, la veille de l’émission. Me voilà rentré, sans avoir pu écouter ces éphémères minutes de gloire radiophonique, puisqu’on ne peut écouter France Culture depuis les terres de mes ancêtres… Hélas, même ici, en plein territoire capétien, pas moyen d’écouter cette glorieuse émission dont les archives paraissent disponibles cependant… Impossible de savoir si j’ai dit des bêtises ou non.  Si parmi les lecteurs, l’un d’entre vous a une idée, qu’il me fasse signe… J’ai cependant constaté l’impact de cette émission dans mes statistiques : un bel accroissement des visites quotidiennes –et j’espère que cela durera ! Tout ceci me fait dire que la radio a encore de beaux jours

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Par zid dans Mes histoires de médiéviste 6 mars 2006 12:58:54
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Il faut sauver les skyblogs

Quatre millions de Skyblogs, ces blogs « très grand public », en grande majorité publiés et squattés par les ados et les djeunz. Il y a plusieurs blogosphères (un de mes vieux leitmotiv), au moins deux, et celles-ci ne communiquent pas. Deux mondes à part, l’un est celui des intellectuels de tout poil ou auto-considérés comme tels, qui ont trouvé dans le blog un moyen de faire passer leurs « messages », de transmettre leur vision du monde et, pour les plus ambitieux, leurs propositions pour le transformer. L’autre est celui de ces « jeunes », des skyblogs et des autres plateformes où les weblogs sont le moyen de se dire, de se présenter et de présenter ses amis, d’exprimer des goûts musicaux ou filmographiques, des états d’âme, des expériences de vie toute simple, des désirs désordonnés... avec le but de créer des communautés autour des « comm’s », évidemment. Eminemment narcissiques (comme tous les blogs, mais ici c’est encore plus fort), ces skyblogs disent les canons esthétiques, amoureux, culturels… –sociaux– tels qu’ils sont perçus par toute une strate de la société, une strate essentielle. Pour l’historien (et le sociologue déjà), ces skyblogs sont ou seront des mines d’histoire sociale. Bien davantage que les blogs « intellectuels » qui naviguent d’ailleurs dans un milieu très endogamique, une bulle un peu dorée.

Je comparerais la situation à celle des sources qui nous viennent du Moyen Âge.

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Zid le jaune

Ce mercredi, j’ai donné cours, à la fac de X. Rien d’extraordinaire, un cours d’histoire des institutions médiévales pour des étudiants de « Master ». Rien d’extraordinaire, si ce n’est que ce fut un des seuls cours dispensés à cette fac de Lettres ce jour-là, et plus que probablement le seul de l’après-midi. La fac était assiégée, en grève, tous locaux barricadés, passages gardés par des étudiants plus que déterminés, menaçants. La décision de bloquer la fac fut prise par une assemblée générale d’étudiants, par un peu plus de cent personnes présentes et votant le siège, sur un total de plusieurs centaines d’étudiants qui suivent les cours de l’institution universitaire, en lettres. Vidant les amphis à coups de mégaphone et d’occupations intempestives, interpellant les professeurs, insultant les étudiants non grévistes.

Ce qui m’a étonné, c’est l’attitude de mes étudiants de Master, qui m’ont expliqué comment rejoindre la salle de cours par des voies détournées. Ils voulaient leur cours sur les donations post obitum et les testaments du bas Moyen Âge. Ils étaient là, cinq sur six (le sixième n’ayant pas compris, semble-t-il, que le cours aurait lieu). Tout s’est passé sans heurts et avec cette avidité de savoir qui caractérise les étudiants qui ont attrapé le virus de l’Histoire. Même un peu fiers d’avoir pu suivre ce cours, malgré tout.

Pourtant, le CPE, tel qu’il est présenté, ne

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Par zid dans Mes histoires de médiéviste 10 mars 2006 15:19:25
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Soutenance

Samedi, soutenance de thèse. Le rapt au haut Moyen Âge. Une soutenance de thèse, c’est un des moments les plus importants de la vie d’un historien, peut-être le plus important. Quatre heures d’un dialogue étrange, où les membres du jury, tour à tour, égrènent compliments et remarques aiguisées, reproches parfois. Rite d’initiation aux contours artificiels ou ultime examen de passage dans la « cour des grands » ? Les deux, probablement. Il fait toujours chaud dans ces salles de soutenance, la tension y est palpable, le silence aiguisé. Assis sur les bancs de l’assistance, on lit l’intérêt, l’agacement ou le dédain des membres du jury, on note le moindre soupir ou la plus petite grimace, on se fait partisan de la jeune médiéviste qui soutient sa thèse : l’ennemi est en face, sur une rangée de bancs face à la salle, fusillés du regard. Les heures passent sans qu’on s’en aperçoive, sauf à la fatigue qui peint le visage de la thésarde ou à la moiteur qui envahit la pièce. Les premières interventions des membres du jury sont très attendues : si elles sont bienveillantes, on en déduit que « ça va aller ». Les critiques du jury sont soupesées par l’auditoire. Ca va. Les parents, présents, encaissent. Les jeunes docteurs ou ceux qui n’ont pas encore soutenus comptent les points et s’inquiètent : « elle a bien répondu » ; « question vache »…Puis, au fil des heures, on se rassure : pas de critique

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Par zid dans Mes histoires de médiéviste 10 mars 2006 15:29:17
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Lettre ouverte aux colporteurs de rumeurs

Chers « collègues » (et amis ?),

Je savais que certains parmi vous étaient des fans des grandes émissions de variété trash, mais de là à vous lire en pleines éructations anonymes, sur le blog de Pierre Assouline, comme les meilleurs témoins cachés et honteux dans les émissions de Delarue… vous m’avez surpris !

Vous avez oublié, je suis désolé de vous l’apprendre, les règles essentielles de notre métier : citer ses sources, les corréler, établir les faits par une critique attentive (oserais-je dire… positiviste ? eh eh…), assumer vos positions… Dans les deux notes de Pierre Assouline, vous ne colportez que des rumeurs, des « il me semble bien que » ou des « la fille de la sœur de ma concierge connaît bien la tante du petit ami d’une fille dont le frère a occupé la Sorbonne ». Vous vous gargarisez de vos places de lecteur à la bibliothèque de l’Ecole des Chartes –c’est con, moi aussi, je l’ai, cette carte– ou de vos connaissances « de l’intérieur » -c’est con, moi aussi j’ai d’excellents amis qui y travaillent…Ne comptez cependant pas sur moi pour asséner une autre vérité que je n’ai pas et que je n’ai pas envie d’inventer ou d’imaginer maintenant.

Mais comptez sur moi pour dénoncer une attitude lâche qui consiste à sous-entendre de très graves accusations sans donner aucune preuve. Je méprise votre mépris d’une école prestigieuse qui a su dépasser ce positivisme fort qui a fait sa

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 26 mars 2006 01:00:27
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Rome, année 2006

Rome. Me revoilà dans la ville éternelle, enfin… Mon pèlerinage annuel, en colloque cette fois-ci. Toujours ce bienheureux refuge que constitue l’Ecole Française. L’urbs ne change pas, les odeurs et les couleurs restent les mêmes. C’est même un peu terrifiant : même si on change, soi-même, la ville, elle, reste immuable, écrasante et vivante à la fois, mais elle ne fait aucune concession à nos profondes ou superficielles mutations personnelles. Elle est toujours aussi belle et je m’y sens toujours aussi bien, comme si elle m’enveloppait de ses lumières, de ses musiques et de ses senteurs...

Et puis il y a le Tibre : petit, sale, il est sauvage et indiscipliné, on l’a confiné dans une profonde cuvette sombre où il se rue contre les parois, chuintant et crachant. Rien à voir avec la triste Seine si profonde et si plate, si pataude et si civilisée entre les quais de Paris, beaucoup trop civilisée… Rien à voir avec la large Loire, mi sauvage mi domestiquée, couchée dans son lit avec langueur voir lasciveté, grasseyante et paresseuse. Rien à voir avec la Meuse toute excitée et toute industrieuse, froide et coupée au cordeau, toute taillée pour porter les bateaux…Le Tibre est jaune ou marron ou brun, il charrie mille saletés, il écume sans arrêt (en hiver du moins ; en été, ce n’est plus qu’un orgueilleux pisselet perdu entre d’énormes murs de pierre). Je crois que je l’aime bien parce qu’il n’a dû guère changer

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Par zid dans Mes histoires de médiéviste 27 mars 2006 01:58:26
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Yvan Delporte

Yvan Delporte est mort: c'est encore un peu de mon enfance qui s'envole, avec ce monsieur que je n'ai jamais rencontré sinon dans le mythe dessiné longuement construit autour de lui. Rédacteur en chef de Spirou, scénariste, touche-à-tout génial, j'avais l'impression de le connaître. Depuis mes premières lectures du journal de Spirou, dans les années ''70, il surgissait sans arrêt dans les beaux albums de M. Dupuis, faisant naître le rêve, si doux pour un enfant, d'un monde de la bande dessinée où auteurs et personnages vivaient les mêmes aventures.

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 6 mars 2007 23:47:02
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