Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

janvier 2006

L’historien et l’action

Est-ce le rôle des historiens de réagir comme ils viennent de le faire dans cette pétition publiée dans Libération le 13 décembre 2005 (plus accessibles sur le web, me semble-t-il) ? Si on lit certains commentaires, d’une agressivité étonnante, sur le blog de Pierre Assouline, ici et , on peut se demander si c’est bien pertinent, en effet. Si l’on se penche sur la nomination, par Nicolas Sarkozy, d’un avocat à la tête d’une commission pour mener « un travail approfondi sur la loi, l'Histoire et le devoir de mémoire », en un beau coup médiatique le démarquant de Dominique de Villepin… on se dira que ces historiens ne servent à rien et que, comme le dit Arno Klarsfeld, ils veulent « confisquer l’Histoire ». On nous accuse de nous comporter comme les prétendus détenteurs du savoir, mais qui ne savent rien ; on nous décrit comme des scribouillards de fiches, des hommes passifs et placides ; on distingue les « faiseurs de savoir » que nous sommes, des vrais hommes d’action que sont les politiques. Certes, je schématise. Mais quel gâchis. Quelle incompréhension. On voudrait mettre l’historien à la botte du politique, qui serait détenteur, lui, de la Morale publique… et pour ce faire, en un raccourci saisissant, convoquant Ricoeur et le bon sens bien de chez nous, on confond cette Morale avec l’Histoire qui doit (com)plaire.

L’historien est, évidemment, homme contemporain et perclus de contemporanéité, et

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Par zid dans Combats pour l'Histoire 3 janvier 2006 00:52:01
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« Georges Duby ou la nouvelle positivité de l’histoire »

Il est de bon ton pour certains, on l’a vu, de se défier de l’historien. Qui sait ce qu’est un historien, au-delà des définitions du Petit Robert ? Georges Duby n’a jamais manqué de dévoiler sa passion de l’histoire, d’expliquer son métier, de dire sa place au monde : ainsi en témoigne la postface qu’il ajoute aux dialogues avec le philosophe Guy Lardreau en 19801. Certes, il est d’aussi bon ton dans les milieux historiens, cette « corporation qui a ses rites, sa hiérarchie et son petit terrorisme interne », de lire désormais les œuvres du Maître du Mâconnais avec un petit sourire méprisant flottant sur les lèvres… œuvres écornées, textes vieillis, jugés un peu rapides ou trop beaux pour sembler « vrais »… Bah, au-delà de ces grandes mesquineries ou de ces petites déceptions, il nous reste, il me reste malgré tout, envers et contre tout, l’œuvre d’un Maître qui marque la seconde moitié du XXe s. historien d’un sceau que l’on peut certes égratigner, mais non point briser.

Ces lignes sont là comme un nouveau coup de marteau, afin de mieux enfoncer les chevilles de nos positions d’historien dans le bois tendre –fragile- qui constitue le monde des idées fondant la société, s’agissant notamment des idées les plus forces, comme celles qui touchent à l’enseignement de l’histoire. Voici :

« Mon métier consiste à poser des questions sur l’homme (sur l’homme d’aujourd’hui), à tenter d’y donner

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Se lire ou se relire

Je ne relis jamais mes publications, qu’elles soient scientifiques ou non. J’ai horreur de replonger dans mes anciens textes, ou alors, il faut que ce soit en diagonale, sans approfondir, juste pour me remémorer l’esprit général de mon écrit. Et même, cette relecture sommaire, sur les crêtes de l’œuvre, me gêne beaucoup. Je ne m’y retrouve pas.  Ou bien j’y distingue les aspérités, les rugosités, les taches, les moisissures de style… et j’en suis navré.

Une fois de plus, quelques lignes d’Ernst Jünger font impression : dans son « Voyage Atlantique. Journal de voyage », Paris, 1952 (réimpr. 1971), p. 96-97, il confie ses angoisses, « à bord » d’un bateau, « le 24 octobre 1936 » : « Essaye de lire dans mon dernier livre dont j’ai emporté un exemplaire d’Hambourg et ne tarde pas à le jeter par-dessus bord. Il plonge sans laisser de traces dans le cristal de l’écume. D’où peut surgir ce dégoût pour un travail qu’on vient à peine de terminer ? Du fait que l’idée reste à jamais inaccessible, que la rédaction pâlit devant le brillant du songe ? C’est une force bien curieuse qui nous pousse à ces compositions que l’eau, si ce n’est le feu, fera pourtant disparaître au cas où elles ne se seraient pas corrompues à la longue dans l’ombre de l’oubli. A quoi bon alors cette tension de l’esprit, cette pesée des syllabes comme pour prêter serment, et cette crainte aussi, comme à la barre d’un

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Par zid dans Mes histoires de médiéviste 17 janvier 2006 18:34:22
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Il faut pouvoir rire de tout…

Par zid dans Combats pour l'Histoire 18 janvier 2006 11:49:24
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Histoire et McDo Anthropo

Dans un récent commentaire à une de mes notes, Blaesus insistait à juste titre sur la piètre compétence de nombre d’historiens une fois sortis de leurs dossiers, dans des disciplines dont ils veulent user mais qui les dépassent parfois largement. Avançant quelques bons exemples, il citait notamment l’anthropologie. S’il y a bien une discipline qui attire nombre de chercheurs, c’est celle-là ! Les années ’60-’70-‘80 furent fastueuses, on y redécouvrait Durkheim, Malinowski et Mauss, c’était le bon temps du structuralisme, avant que le « champ du signe » ne connaisse le « chant du cygne ». Les cours dont mes bons maîtres me nourrirent à la fac étaient empreints de ce post-structuralisme tout triste d’être devenu has been. Certains historiens ne se laissèrent pas démonter et tentèrent une reprise du discours anthropologique, qui avait perdu sa patine structuraliste mais bien conservé une réelle pertinence pour des études comparatistes. Levi-Strauss et Mauss reprirent du service, parfois avec bonheur. Certains historiens haut-médiévistes expliquent ainsi les relations de pouvoir des princes et des puissants mérovingiens et carolingiens à l’aide des schémas de parenté, des théories sur l’inceste et la parenté hérités de Levi-Strauss, de Dumont et plus récemment, de Godelier…. D’autres se sont penchés sur les échanges de biens et de personnes en s’appuyant sur le vieux mais toujours intéressant « don -

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Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 25 janvier 2006 09:40:36
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Une nouvelle année de Médiévizmes

 

Une nouvelle année de Médiévizmes. L'an passé a été un peu léger, en terme de « blogage ». Ce n'est pas faute d'avoir des idées de « notes », mais plutôt de manquer de temps. Mauvaise excuse, je sais...

Alors, vais-je vous servir la bonne résolution bidon, vous promettre la note quotidienne ? Ce n'est pas l'envie qui manque, mais je ne vous la ferai que donnant-donnant! Note contre commentaires...

Lors d'une note récente, J.-L. Deuffic (du blog Pecia, consacré au manuscrit médiéval) s'est à juste titre emporté contre les malandrins qui démembrent des manuscrits pour les vendre feuille à feuille. Ceux qui me suivent depuis longtemps savent que, dans une autre vie (et même il n'y a pas si longtemps), j'ai déjà enfourché mon destrier pour me lancer dans cette croisade-là! Ca avait remué mes lecteurs, mais étonnamment, pratiquement pas de réaction de collègues de la profession. Cependant, en décembre passé, ce sont des commentaires de collègues qui se sont alignés sous la note de Pecia, se nommant parfois, s'impliquant en tout cas. Pourquoi ont-ils commenté ici? Parce que Pecia fait plus « sérieux » que Médiévizmes ? Parce que J.-L. Deuffic ne se dissimule pas sous un pseudonyme (en fait, le mien n'est plus qu'une vieille couverture trouée et élimée de partout)? Ou tout simplement parce que le temps est venu, que les historiens commencent lentement à apprivoiser l'instrument?

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Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 5 janvier 2007 23:20:58
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