Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

décembre 2005

La littérature « pipole »

« Une nuit, il y a de cela plusieurs années, je prenais avec [S.T. Coleridge] le thé dans Berners Street […]. D’autres personnes étaient là avec moi ; et, au milieu de considérations charnelles sur le thé et les rôties, nous nous délections tous à boire une dissertation au sujet de Plotin, sur les livres attiques de S.T. Coleridge. Soudain un cri s’eleva : Au feu ! au feu ! Et tous, maître et disciples […], nous nous ruâmes au dehors, avides du spectacle. Le feu était dans Oxford Street, chez un facteur de pianos. Et, comme cela promettait d’être un incendie de conséquence, j’eus du chagrin que des engagements m’obligeassent à quitter la société de M. Coleridge avant que les choses en fussent venues à leur période décisif.

« Quelques jours plus tard, je rencontrai mon hôte platonicien, je lui rappelai l’incendie en le priant de me faire connaître comment ce spectacle si prometteur s’était terminé. ‘Oh, monsieur, dit-il, il a fini si mal que, unanimement, nous nous sommes mis à le siffler’.

« Or quelqu’un supposera-t-il que M. Coleridge, trop gras pour être un personnage de vie active, mais sans nul doute digne chrétien, que ce bon S.T. Coleridge, dis-je, fût un incendiaire, ou seulement capable de souhaiter du mal au pauvre homme et à ses pianos (dont plusieurs, je pense, avec claviers additionnels) ?  Au contraire, je le tiens pour être de cette espèce d’hommes qui, j’en oserais gager ma vie, mettraient,

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Par dans Continuités et ruptures d'Histoire 8 décembre 2005 18:05:16
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Enfin libres!

Le logiciel dit "libre" s'est imposé ces dernières années dans le domaine des sciences dites exactes, dans la mesure où l'accès au code-source qui en forme le noyau permettait toutes les évolutions, dans la mesure où les scientifiques eux-mêmes sont, pour partie à coup sûr, parmi les principaux acteurs de la communauté "du libre", dans la mesure où seuls des instruments maîtrisés d'un bout à l'autre de la chaîne leur sont utiles réellement...

Dans les sciences humaines, le défi a été relevé plus lentement: en cause probablement la très piètre maîtrise des instruments par les scientifiques de ces disciplines: à l'heure actuelle, à part Word ou Excel, à part "leur" logiciel de messagerie et IE, peu de choses... Et encore ces logiciels ne sont-ils utilisés qu'à une faible part de leur potentiel. L'utilisation des bases de données reste marginale: une raison essentielle tient à l'individualisme des chercheurs en sciences humaines. Un traitement de texte et un tableur basiques leur suffisent.

Cette communauté est donc assez imperméable aux défis du libre. Elle commence seulement à s'ouvrir, par quelques portes basses et dérobées. L'idée d'entreprises communes "collées" sur le web, par le biais d'un interface, via du XML ou u e base MySQL, fait son chemin. Au lieu des traditionnelles et lourdes listes de diffusion (ah, les mailing lists !), les weblogs

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Lire : pour quoi faire ?

Je lis régulièrement les notes d’un blog atypique : Contingences. Son propriétaire, qui se surnomme « Cramoisi », vit dans une ville « de par chez moi », autour de la place Cockerill ou de Saint-Lambert. Il parle bien de la ville, Cramoisi : je sens souvent l’odeur de la Cité ardente quand je le lis. C’est que ses textes, naviguant entre le monde réel et le récit rêvé qu’il paraît vivre, ont des odeurs de chez-moi. Là-bas, où l’air et la terre me semblent plus m’appartenir qu’ailleurs, dans cette ville que j’ai bien arpentée au XIIIe et au XIVe siècles.  

Une autre de ses notes de décembre me fait écrire à mon tour : « Quels sont les différents sens du verbe lire ? Une lecture oubliée, dont on ne peut plus parler a-t-elle toujours valeur de lecture ? » demande Cramoisi, après avoir iconoclastement dit des Classiques que ce sont ces « livres que l’on ne peut avoir lu » et non pas que l’on croit avoir lu. Lire les Classiques, lire tout court. Que retient-on de nos lectures ? Faut-il retenir quelque chose ? Pour ma part, j’ai toujours eu mauvaise mémoire, ce qui est un comble pour un historien (et je bénis l’inventeur des fiches papiers puis celui de l’ordinateur et de son disque dur miraculeux, pour ma vie professionnelle). A quoi bon ânonner « j’ai lu tout Proust », à quoi bon se gargariser d’avoir dégluti Houellebecq ou Quignard ? A quoi bon lire les œuvres de mes compères historiens, comme

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Par zid dans Mes histoires de médiéviste 23 décembre 2005 17:46:45
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