Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

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Bouillonnement de bruits confus le 4 août 1914

Le 4 août 1914, il y a donc cent ans, l'enfer sur terre se déchaînait. Au-delà de la boulimie de commémorations et des étranges raisons qui doivent être à son origine, je préfère me concentrer, comme j'aime à le faire, sur les hommes d'alors et leurs sentiments, leurs sensations. Le 4 août 1914 a dû être pour tous les européens ce qu'a été le 11 septembre 2001 pour nous tous : un jour tellement exceptionnel, étrange, que chacun peut s'en souvenir et s'en souviendra jusqu'à sa mort, au moins à coups d'images obsédantes et de sensations. Ainsi, ce sont les premiers jours du conflit que je voudrais suivre, au travers du témoignage d'un étrange officier d'artillerie liégeois, Martial Lekeux, entré dans les ordres avant le conflit, au couvent franciscain de Turnhout et semblant enrager à l'idée que le conflit se déclenche sans qu'il puisse y participer. Jetant son froc aux orties, comme il dit, il s'engagea dès les premiers jours et participa à tout le conflit. Il publia en 1922 un recueil de souvenirs, « mes cloîtres dans la tempête », comme des centaines de soldats le firent. Le 4 août, il apprend la déclaration de guerre. « Un bouillonnement de bruits confus monte des rues jusqu'à ma cellule, dominé par instants par le martèlement du tocsin et l'appel haletant du clairon. Il y a de la fièvre dans l'air… Il y a une fièvre dans mon âme. Mon esprit chevauche, la bride sur le cou. Je vois les troupes qui se forment, qui se ruent vers la frontière... » (p. 17).

Le 4 août, pour la plupart des européens, c'étaient avant tout des sensations, des bruits jusque là peu entendus, des on-dit, des mouvements de rue, des rassemblements de soldats, des peurs, des excitations... A suivre, demain: à Liège.

Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 4 août 2014 12:38:53
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