Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

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La kabbale des médiévistes

Il n'est pas facile d'être historien et encore moins médiéviste. Le Moyen Âge est cette terre aride, sèche, que nous peinons à labourer parce que chaque fois que le soc y pénètre, le sol devient poussière et caillasse. Il faut cracher dans la terre pour en faire de la boue, jusqu'à ce que ce soit notre bouche qui s'assèche. Un travail de forçat, de bagnard: celui du médiéviste. Les sources sont sombres, illisibles, diaphanes ou fouillis, elles ne parlent pas quand on les regarde. Ce ne sont pas les midinettes que contemplent les contemporanéistes, ces sources qui gazouillent et pépient au premier coup de cil. Et une fois que nous aurons craché toute l'eau de notre corps, tout reste à faire.

Le contemporanéiste, lui, amasse les gazouillis, les cris et les mots, à la façon d'un fleuriste ou d'un fermier qui lie les gerbes récoltées à pleins bras ou les fleurs tige après tige.  Le médiéviste a les deux genoux plantés dans le sol caillouteux, les deux mains dans la terre boueuse: il façonne de petits golems. Il leur donne vie avec le reste de son souffle. Petits homuncules sans visage, petits êtres juste nommés, les golems des médiévistes vivent cependant. Couché par terre, souillé de poussière et de fatigue, le médiéviste regarde ses petits golems qui vacillent sur le sol parcheminé des ancêtres. Il leur parle avec lenteur et parfois, ils répondent, par saccades. Puis advient le miracle, quand, après les avoir contemplés des heures durant, il voit soudain un visage, des traits, des yeux. C'est le moment de les raconter. Tout reste à faire.

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 19 mars 2014 01:13:27
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