Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

Proclamation

C’était il y a une semaine. Il a fallu le temps que je remette ces lignes sur le métier. Je les ai écrites de suite, mais je n’ai pas pu les sortir de suite, ce n’était pas le moment. Là, l’air chaud de la nuit aux odeurs de périphérique et de goudron chaud m’a poussé à les reprendre. C’est, à ce que j’ai compris en en parlant avec d’autres coreligionnaires, un sentiment commun que je décris ici.

Nous étions donc vendredi.  

C’est vendredi.

Le soir tombe, la ville s’engourdit. L’année universitaire se termine. L’étage, le couloir sont vides. Dehors, les étudiants s’apprêtent à fêter leur réussite ou simplement la fin d’un moment, le début d’autre chose, le début de l’été.  Dans mon bureau à l’université, que j’ai apprivoisé maintenant.  Que reste-t-il de cette année passée en cavalcade, à courir comme un fou, à accueillir, à recevoir, à donner, à me donner à fond dans chacun de mes cours, chacun de mes rendez-vous de travail ? Que reste-t-il  de tous ces moments passés à créer, construire ? Des noms énumérés sur des feuilles, tout à l’heure. Proclamations de résultats. Des visages qui se sont gravés avec une profondeur inégale sur le cylindre de cire qui me sert de mémoire : étudiants, collègues, amis… Des yeux, des voix.  Je ne pensais pas m’attacher si vite à tout ce monde, ni si fort d’ailleurs. Un an de ma vie qui a filé comme une étoile dans la nuit d’été.

Ce métier de professeur que j’ai endossé comme un costume magique peint sur le corps, je pense que je l’ai bien choisi. Ou plutôt qu’il m’a bien envoûté. Et ce vendredi-là, j’ai senti la douleur de l’enchantement, quand tout d’un coup, l’envoûté est retombé sur le sol, les yeux grands ouverts, dans le  silence assourdissant des couloirs désormais vides. Le sort était rompu pour quelques heures au moins.

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 7 juillet 2013 20:15:37
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

Catégories

Archives

A propos