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Semanticpedia, Wikipedia, continuons le combat...

Lundi passé, le tout-Paris numérique était à l'INHA pour la présentation de Semanticpedia, la plate-forme qui devrait permettre l'exploitation en « web de données » de Dbpedia.fr. Une très belle journée, avec quelques temps forts sur lesquels je voudrais revenir maintenant et dans les prochains jours -même si je n'ai pu assister à tout.

Un de ces grands moments, plus dans le symbolisme : la signature par Remi Mathis pour Wikimedia, Michel Cosnard pour INRIA et Aurélie Philippetti pour le gouvernement d'un accord de coopération et de soutien de l'entreprise SemanticPedia. Pour des « anciens » du web 2.0., c'est un changement copernicien, du moins du côté de la société civile et de la reconnaissance de l'Etat : imaginez que Wikipedia, c'était le démon il y a cinq ans. Aucun intellectuel sérieux n'aurait alors osé soutenir le projet. Même aujourd'hui, les angoisses restent réelles : au cours de cette séance qui tenait du rituel de canonisation, ici ou là on entendit des voies éraillées et déraillantes troller wikipedia et dbpedia en dénonçant les soi-disant faiblesses de l'entreprise, les censeurs qui décident de supprimer telle ou telle notice etc... N'empêche : Wikipedia (et DBPedia) ont maintenant une politique de collaboration avec les plus grandes institutions culturelles et les grands instituts technologiques du pays : BnF, Musée de Cluny, INRIA...  

J'attends que les universités et les agences de structure et de financement de la recherche fassent de même. Les universités, c'est un terrain miné. « Wikipedia est utilisée sans discernement par les étudiants, m'a-t-on déjà objecté, et tout n'y est pas sérieux ! » Comme si nous devions protéger nos chères petites têtes blondes en leur détournant le regard de ce qui apparaît en tête de gondole au moindre clic dans un moteur de recherche généraliste. Comme si le coup du voile pudique jeté avec emphase sur cette encyclopédie suffisait à nous donner à nous, enseignants si sérieux, bonne conscience. A côté de cela, l'université se rend compte que l'étudiant est en pleine perte de repères. Figurez-vous qu'il plagie de plus en plus. Avant, à l'époque du livre dur, c'était plus difficile de plagier pour l'étudiant (effort physique réel) et plus difficile de s'en rendre compte pour le prof. Maintenant, le plagiat s'envole à coups de copier-coller. Que faire ? D'abord poser le problème avec les étudiants : qu'est-ce que le plagiat ? Est-ce le fait de copier-coller ou le fait de copier-coller sans citer ou le fait de copier-coller sans lire ou le fait de copier-coller sans comprendre ? Ensuite, voilà ma proposition  pour transformer le rapport des étudiants au web 2.0 et probablement au 3.0 : impliquer les étudiants, dans le cadre de processus pédagogiques et critiques, au cours de Travaux Dirigés, dans la rédaction de notice Wikipedia. A la Katholieke Universiteit Leuven, Violet Soen forme ses étudiants historiens à la critique historique en les faisant travailler et comparer les notices Wikipedia autour d'un thème unique (Guillaume d'Orange par exemple), dans toutes les langues maîtrisables de l'encyclopédie. Les doctorants et postdocs de l'IFPO travaillent aux notices Wikipedia, m'a confié Thierry Buquet. C'est donc possible et cela marche ! En collaboration avec les formateurs Wikipedia, les étudiants doivent être immergés dans Wikipedia, se frotter aux concepts de source première et secondaire, à la validation par la citation des sources, à la constitution de liens, au contrôle par les pairs, à la publication et à la valorisation en ligne, mais aussi à la compréhension de ce qu'est une notice, une donnée, une source. La prise de conscience de ce qu'est le web ne peut venir, du point de vue pédagogique, que de l'intérieur : or les étudiants ne font que l'effleurer et s'en servir, tout facebook natives (et juste facebook natives) qu'ils sont.  Les transformerons-nous en digital born again? Je l'espère. En tout cas, ça y contribuera. Et cela contribuera à faire rentrer Wikipedia par la grande porte dans la communauté scientifique, puisqu'il n'y est utilisé pour l'instant par le chercheur que discrètement et bien caché sous ses couvertures. Il y a du boulot...

Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 23 novembre 2012 10:44:12
(1) commentaire Ajouter un commentaire

Commentaires

Thierry Buquet Site 26 novembre 2012 09:45:41
Pas seulement les doctorants à l'Ifpo : des chercheurs confirmés eux-aussi contribuent à Wikipedia, en modifiant des notices et en les sourçant avec des références bibliographiques choisies - y compris les leurs ! Il faudrait de fait intégrer Wikipedia dans la stratégie de communication et de diffusion en ligne d'un laboratoire, à la fois pour enrichir Wikipedia, mais aussi en donnant de la visibilité à nos travaux (signaler articles et livres récemment parus pour sourcer une information, enrichir une bibliographie, etc.) Wikipedia peut générer énormément de trafic vers nos sites web et nos publications en ligne… Amitiés, Thierry

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