Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

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Addis-Abeba. Diplomatique tout-terrain 2: révélations

Addis-Abeba, jour 2. J'ai bouclé la présentation de Telma et de ce que je pense être les Digital Humanities. On a fait un tour de table des corpus. On sent bien que rien n'est établi du point de vue typologique... cartulaire, manuscrit, copie, original, archive: on est en pleine redéfinition. Merveilleux, par rapport à mon Moyen Âge occidental où nous sommes souvent pieds et poings liés, coincés par de vieilles typologies. J'ai donc toujours le même sentiment qu'hier: le jeu est complètement ouvert, la discipline est ouverte et les concepts ne sont pas figés. Il y a quand même des difficultés humaines: chaque chercheur a quand même son propre canevas, son paysage intellectuel formé. Il faut donc convaincre et rassembler.

Addis Abeba. De la poussière, des bidonvilles, des hôtels sortis de terre comme des ossements décharnés, des routes écorchées, comme dynamitées. On dirait une ville bombardée, une ville de réfugiés. Une ville comme fantôme hantée par des milliers de réfugiés. Et en même temps, une ville vivante, grouillante, riante, chaude et lumineuse.

Le soir même, diner au restaurant de l'hôtel Addis View, une sorte de grande boîte en béton posée verticalement sur le sommet d'une colline pelée: nous sommes quatre, dont le professeur K., avec sous nos pieds les pâles et rares lumières de la ville qui tombe en catalepsie d'un coup une fois la  nuit venue. Le professeur K., brillant philologue allemand, me convainc une fois de plus que les spécialistes de la langue et des textes sont parmi les meilleurs connaisseurs de l'histoire des hommes: ce sont eux qui en parlent le mieux, le plus profondément. Le monde sémitique, la LTI, le Coran, le destin actuel de l'Ethiopie...

Un des Tischreden le plus impressionnant pour moi: l'importance de la faim de terres (et d'eau) de ces pays émergents. Il faut des terres (et de l'eau) pour la culture et pour l'élevage -et donc des pays voisins comme l'Arabie achètent de grands domaines en Ethiopie comme base arrière d'élevage et de culture, afin d'importer les produits pour eux-mêmes. C'est en se rendant compte de cet extraordinaire enjeu que constitue la chasse aux terres que l'on comprend leur constante mise en  mouvement au fil du Moyen Âge, comme enjeu de pouvoir parce que enjeu de survie. La place essentielle du marché de la terre dans la documentation comme dans la vie du Moyen Âge me saute plus clairement aux yeux. De l'importance des autres regards, du point de vue de Sirius.

Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 29 octobre 2009 09:22:15
(1) commentaire Ajouter un commentaire

Commentaires

Christine. 29 octobre 2009 13:10:41
Merci.

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