Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

Addis-Abeba. Diplomatique tout-terrain.

Addis-Abeba, jour 1. Arrivée hier matin dans un état second. Le sol rouge et vert avec des inclusions jaunes, vu de l'énorme Boeing, ne me rappelle pas Hugo Pratt, je suis trop loin de l'Abyssinie, de l'Ethiopie du sud. Un peu dommage, mais je ne suis pas ici pour marcher dans les traces du vénitien.

Alors, pourquoi l'Ethiopie? Il y a un an et demi, j'ai eu des contacts avec des chercheurs qui venaient de monter un projet sur les cartulaires éthiopiens, des manuscrits du second millénaire et surtout d'entre le XVIIIe et le XXe s.. L'objectif était de préparer une édition électronique dans Telma. Mais très vite, j'ai flashé sur la thématique... Jusqu'ici, la démarche d'anthropologie historique pratiquée par les historiens est relativement artificielle. Mais très à la mode! Des dizaines d'historiens, vecteurs de la vraie intellectualité « à la française » (en français dans le texte), font de l'anthropologie historique: ils citent à l'envi le vieux Jack Goody-Goody, l'immortel Levi-Strauss ou encore ce bon Maurice Godelier et parlent leur langage ésotérique. Mais combien ont réellement touché à ces autres cultures, aux sources au-delà de la Méditerrannée? Ce n'est pas une vraie critique, plutôt une constatation. Et j'excuse mes collègues, évidemment: pour faire de l'anthropologie un peu plus sur le terrain, il faut en avoir les moyens et l'opportunité. Et les moyens, j'en ai quelques-uns, via ce groupe de recherche Zegra Nagar destiné à mettre en valeur une partie considérable de la documentation ancienne éthiopienne, surtout des archives de la pratique. Les collègues de cette ANR m'ont demandé de venir parler de mes expériences de médiéviste-diplomatiste-occidentaliste ici-même. En retour, j'apprends la diplomatique éthiopienne.

Elle est encore embryonnaire, mais on sent un potentiel terrible. J'ai un peu l'impression d'être à la place des premiers médiévistes des années 1850-70 ouvrant des dossiers encore poisseux de la poussière du XIIIe s. dans les dépôts d'archives français déserts et non inventoriés. Soyons honnêtes: je ne pense pas que je deviendrai spécialiste de ces documents, même si j'en ai bien envie. Il faudrait reprendre tout, apprendre le ge'ez, venir travailler ici des années durant. Mais quand bien même, ma vision occidentalo-centrée se nuance. Et ça, c'est bien.

Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 28 octobre 2009 09:44:50
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