Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

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A Fréjus, le quatrième jour: le digital diplomatist

J'ai enfin compris pourquoi l'édition électronique m'attirait autant: la réflexion sur le document numérique, la réflexion sur le balisage de type Text encoding initiative: ce n'est rien d'autre que de la diplomatique, de la codicologie aussi ; l'analyse des digital humanities met en jeu des concepts critiques déjà mis en jeu dans les pratiques héritées de dom Mabillon. Les digital humanities tentent de préciser le format des données, le balisage formel, qualifiant le contenu au plus profond, décrivant la structure textuelle, caractérisant la matérialité naturelle du document, le tout couplé aux métadonnées des fichiers les plus pointues (de Dublincore à Mets en passant par Onyx). Les cadres de référence pour établir ce balisage sont à la fois liés au document générique -s'il s'agit d'éditer un document ancien, on prendra en considération sa matérialité et sa structure textuelle originelle- mais aussi aux objectifs poursuivis dans l'édition numérique (édition complète, visible, aisée à prendre en main, interrogeable de telle ou de telle façon...). Une fois cette caractérisation numérique définie, aboutie, le "digital humanist" se l'appropriera afin de produire son édition électronique.

De leur côté, les disciplines anciennes que constituent la diplomatique ou la codicologie tentent de caractériser et de comprendre les mêmes éléments -ou des éléments comparables- mais pour des documents anciens, qu'ils soient médiévaux ou non: on analyse le support matériel, les dimensions, les éléments d'écriture, la mise en page, la mise en forme du texte, les formules juridiques ou techniques du texte lui-même, les élements de validation ou de datation, les traces de classement et de rangement, etc. Caractériser, mais aussi comprendre: mettre en contexte ces constatations du point de vue historique, les expliquer, les justifier ou s'en étonner.

Entre l'ancien et le nouveau, entre le travail du diplomatiste sur ses chartes et celui du digital humanist sur ses données numériques, les similitudes sont apparentes. Mais le lecteur l'a bien compris: il y a aussi une gigantesque différence, stimulante comme c'est pas permis. Le diplomatiste s'affronte à un document ancien et doit analyser sa structuration afin de comprendre et expliciter ses objectifs explicites ou implicites ; le digital humanist doit structurer un document en fonction d'objects prédéfinis par lui-même ou par d'autres. Le diplomatiste doit reconstituer les processus d'écriture et de composition dans une perspective de compréhension et d'explicitation de l'histoire; le digital humanist décompose le document, le structure et le restructure, en fonction de ses objectifs de recherche et d'édition électronique. On pourrait presque dire que le digital humanist fait de la diplomatique vivante, pratique!

Par zid dans Diplomatique du web 23 octobre 2008 18:24:44
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