Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

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Pour des digital humanities davantage embedded

Tandis que, depuis deux jours déjà, l'orage faisait trembler les vitres de l'amphi lyonnais de cette université d'été du CNRS où les grands acteurs français de l'édition électronique en sciences de l'homme et de la société tentaient d'établir des lignes directrices d'une politique, je m'étonnais... Le fossé (le "gap" comme ils disent, car on aime frangliciser, entre spécialistes du r&d digital humanities) entre les techniciens de l'édition électronique et les chercheurs se creuse.  On n'a pas assez parlé d'enquête de besoins, on n'a pas cherché vraiment à connaître les aspirations des communautés scientifiques d'historiens, de linguistes, de sociologues, d'anthropologues... D'un côté, on produit des supermoteurs, des portails ou métaportails, des systèmes de taggage sophistiqués -en tout remarquables- ; de l'autre on répugne à publier des actes de colloque sur le web, on considère les blogs comme d'aimables amusements et on estime que la publication d'une base de données sur le web a moins de valeur scientifique qu'un article dans une revue moyenne... Un étrange fossé. Il y a bien un mouvement initié, un appel d'air induit par la dynamique électronique, quelque chose qui tire les communautés de chercheurs... mais le rapprochement entre les équipes de chercheurs et ceux qui sont prêts à publier leurs tra vaux et leurs sources de manière électronique est tout sauf une réalité. Or c'est au prix de ce rapprochement que les SHS sortiront de la préhistoire du web et que les humanités digitales trouveront un vrai terrain de développement en France. Il faut installer de l'édition électronique au coeur des équipes scientifiques, il faut des digital humanities qui soient réellement embedded.

Commentaires

Nicolas 10 septembre 2008 11:36:31
Le chercheur en SHS est seul et le restera. La solution pour lui est ou de devenir lui-même un technicien ou de faire comme avant. Comme il n'aime pas la technique, il fait comme avant. Le chercheur en SHS s'attache à ce qu'on puisse le citer, il ne fait pas confiance aux nouvelles technologies pour pouvoir être bien cité. Il n'a pas tout à fait tort. À raison il évite d'être publiė électroniquement.
zid Site 10 septembre 2008 17:42:10
Que le chercheur SHS soit seul et qu'il le vive comme tel, soit... mais on ne peut pas dire qu'il n'aime pas la technique: il adore la technique, qu'il met en avant dans le moindre de ses projets! Ainsi, pour être un chercheur reconnu, il faut un projet ANR ; et pour avoir un projet ANR accepté, il faut un volet "NTIC". Le problème n'est pas qu'il adore la technique, c'est surtout qu'il n'y croit pas. Il publiera les actes de ses colloques sur HAL-SHS mais prendra soin de trouver un éditeur qui lui fera un bel ouvrage papier avec ses mêmes actes. Il demandera à un jeune ingénieur édition électronique de concevoir "un beau site", non pour la plus value scientifique, mais tout simplement pour ce qu'il appellera "la visibilité". La confiance, la compréhension envers la technique des digital humanities ne tombera pas du ciel, ce n'est pas la conversion sur le chemin de Damas. cette confiance et cette compréhension ne peut venir que du "cotoiement" au quotidien des différents acteurs.

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