Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

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Santo subito

Vous vous souvenez tous des pèlerins extatiques, sur la place Saint-Pierre, scandant « Santo Subito » aux funérailles de Jean-Paul II. Grand moment de ferveur populaire : on se retrouvait d’un coup en plein Moyen Âge, quand les personnages d’exception étaient proclamés, à leur mort, saints par le peuple -vox populi, vox Dei- dépeçant littéralement les cadavres en odeur de sainteté pour en faire des reliques… Santo subito ! Je me demandais quand les scientifiques s’empareraient du phénomène d’élévation sur les autels par la voix du peuple, s’agissant du pape polonais. C’est chose faite : une très sérieuse revue historienne, toute scientifique, consacrée aux études hagiologiques, vient de sortir un numéro consacré à « Santo subito. Giovanni Paolo II e la fama di santità ». Je me réjouis d’avance de la lecture… A suivre ?

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Et puis Marc Bloch : « santo subito », mais pas si « subito » que ça, et pas par la voix du peuple mais par celle de ses fils et de ses petits fils en religion historienne… Le grand médiéviste Marc Bloch, pour la panthéonisation duquel un comité d’historiens vient de publier un manifeste dans le Figaro. Cette demande de canonisation républicaine fait déjà le tour des blogs1, avec des commentaires de qualité inégale mais qui en disent beaucoup sur la connaissance du personnage et sur la façon dont l’histoire est perçue. Comme tous les historiens de France, comme tous les héritiers, je soutiens cette initiative. Même s’il est dommage qu’on ne mette pas assez en avant l’œuvre de médiéviste du grand Bloch. Je n’en ai d’ailleurs pas fini avec la panthéonisation de Marc Bloch et j’y consacrerai une très prochaine note…

Notes

1 Merci, Got, pour ce lien.
Par zid dans Continuités et ruptures d'Histoire 6 juin 2006 19:54:15
(1) commentaire Ajouter un commentaire

Commentaires

Le Plume Site 19 juin 2006 16:23:44
En effet, je ne vois pas beaucoup de nos confrères du passé qui y auraient autant que lui leur place - ses titres d'historien devraient d'ailleurs y suffire. En tant qu'historien des techniques, je n'oublie pas que c'est un numéro des Annales qui avait lancé cette spécialité. Et que Marc Bloch s'y faisait l'avocat d'une histoire des techniques telle que je la pratique, proche de l'homme, du geste technique, du terrain. Febvre bien sûr était plus porté vers les idées que vers le terrain - sans doute lui doit-on le regrettable amarrage de l'histoire des techniques à l'histoire des sciences, dont on n'arrive toujours pas à se dépétrer. Il nous aurait fallu 20 ans de plus de Marc Bloch. Ces vingt ans qu'il a sacrifiés. On lui doit bien une petite place sur la montagne Sainte-Geneviève pour ça!

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