Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

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Soutenance

Samedi, soutenance de thèse. Le rapt au haut Moyen Âge. Une soutenance de thèse, c’est un des moments les plus importants de la vie d’un historien, peut-être le plus important. Quatre heures d’un dialogue étrange, où les membres du jury, tour à tour, égrènent compliments et remarques aiguisées, reproches parfois. Rite d’initiation aux contours artificiels ou ultime examen de passage dans la « cour des grands » ? Les deux, probablement. Il fait toujours chaud dans ces salles de soutenance, la tension y est palpable, le silence aiguisé. Assis sur les bancs de l’assistance, on lit l’intérêt, l’agacement ou le dédain des membres du jury, on note le moindre soupir ou la plus petite grimace, on se fait partisan de la jeune médiéviste qui soutient sa thèse : l’ennemi est en face, sur une rangée de bancs face à la salle, fusillés du regard. Les heures passent sans qu’on s’en aperçoive, sauf à la fatigue qui peint le visage de la thésarde ou à la moiteur qui envahit la pièce. Les premières interventions des membres du jury sont très attendues : si elles sont bienveillantes, on en déduit que « ça va aller ». Les critiques du jury sont soupesées par l’auditoire. Ca va. Les parents, présents, encaissent. Les jeunes docteurs ou ceux qui n’ont pas encore soutenus comptent les points et s’inquiètent : « elle a bien répondu » ; « question vache »…Puis, au fil des heures, on se rassure : pas de critique fondamentale, rien que des points de détail. Anicroches ou escarmouches sans importance. Louanges unanimes. Vient le moment où la salle se retire : tout le monde a parlé, les membres du jury comme la récipiendaire. Rien à ajouter, le jury délibère. Puis la proclamation. Docteur en Histoire avec la mention « très honorable » et les félicitations du jury euh… « de manière générale », ajoute le président du jury en arrondissant les mains et les lèvres, pour dire « à l’unanimité ». C’est gagné, le plus haut grade, tous les honneurs, la fin d’un long parcours de plusieurs années de travail, l’aboutissement d’un long chemin. Le jury redevient sympathique -il l’a toujours été, mais c’était le jeu et on s’y est tous pris… Le pot de thèse suit, on s’y retrouve décontractés, soulagés, heureux.  Voilà une nouvelle grande historienne qui rentre « officiellement » dans la famille, par la porte dorée. Félicitations, chère Sylvie.

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 10 mars 2006 15:29:17
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Commentaires

Le Plume Site 13 mars 2006 13:57:34
Le plus douloureux quand on est dans le public, c'est quand le candidat s'énerve face aux questions d'un membre du jury - c'est souvent quand les questions montre que ce membre du jury n'a pas du tout lu là thèse, d'ailleurs - il y en a toujours au moins un. Le candidat vous tourne le dos; on ne peut même pas lui faire signe de se calmer; on aurait envie de prendre le fusil à rhino et d'envoyer une seringue de calmant!
telle Site 2 juin 2006 21:21:12
Merci vraiment pour ce compte-rendu qui me sera certainement utile très bientôt. Visualiser la fin, la décontraction terminale des membres du jury, ça doit être la clef pour maîtriser son stress.

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