Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste

Photo aléatoire choisie par Zid

Entrer dans Rome

Rome, jour 1. Je m'étais promis de bloguer Rome -je l'ai déjà fait bien des fois, la dernière c'était brièvement il y a un an et demi sur Framasphere (tiens, je devrais y retourner). Je suis arrivé hier, par un vol du dimanche, tout en douceur, dans un début d'après-midi tiède, doux même. L'entrée dans Rome, c'est comme une procession. On commence avec le train qui contourne d'abord la ville avant d'y rentrer en profondeur. On fait les chapelles. Les chapelles, ce sont les faubourgs de la ville. Mais cette procession n'a rien du chemin de croix gris et dépenaillé du RER B qui amène ses passagers de Roissy au centre de Paris, se frayant un passage parmi les sarcophages de béton et de briques creuses des cités de banlieue. Non, à Rome, c'est autrement. Ce sont les couleurs et la joie baroques qui donnent le ton. Des îlots de verdure toujours éclairés de soleil, des palissades de fougères ou de roseaux géants jaunes et secs, des maisons-favelas assez sereines, des squelettes d'usines abandonnées, des sablières en activité, des casses de voiture prospères avec les pièces bien rangées comme à la parade pour qu'elles soient admirées (je l'espère en tout cas) par les passagers du Leonardo Express. On passe sous le Grande Raccordo Anulare, le GRA, le périphérique romain. Puis des blocs d'appartements, à l'âge indéfinissable -entre Mussolini et les années 70, peut-être plus récents ?.

Lire la suite

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 11 janvier 2016 18:57:05
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

Aventure ordinaire

Pourquoi toutes ces années de silence ? Je m'emploie à trouver mille excuses. Ce n'est pas difficile. En dix ans, ma vie a radicalement changé. Entre 2005 et 2015, j'ai réalisé beaucoup de rêves scientifiques et professionnels. Et surtout je me suis rendu compte que je pouvais faire bouger les choses, ou du moins y contribuer.

écritures_ordinairesParmi tous ces changements, sur lesquels je reviendrai pour la plupart, il y en a un majeur. Il tient à l'objet de ma recherche, qui a radicalement changé depuis les années 2000. Jusque là, j'avais réalisé l'essentiel de mes travaux autour de l'histoire du fait religieux médiéval : ainsi ma thèse sur les ordres mendiants à Liège aux treizième et quatorzième siècles. Mais déjà alors, à la fin du XXe s., entre les années 1995 et 2000, j'avais initié une réflexion sur l'écrit et notamment l'écrit d'archives, vu comme moteur et acteur de pratiques sociales, politiques et économiques. Nourri par les travaux de Guy Philippart, un de mes maîtres, j'avais, avec bien d'autres, envisagé que les écrits hagiographiques -et notamment les manuscrits qui les véhiculaient- pouvaient avoir un impact, un effet, une fonction très concrète dans les sociétés médiévales, qu'ils avaient pu stimuler une dévotion, dynamiser une économie ou conforter une position politique. Dans la suite de cette réflexion, je m'étais dit que les archives aussi pourraient être soumise au même

Lire la suite

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 30 décembre 2015 15:31:41
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

Une question d'adresse

Petit complément important : le pauvre logiciel Lodel qui publie ces textes depuis une dizaine d'années s'époumone. Voici quelques années, j'ai dû changer de nom de domaine, ayant laissé filer le domaine medievizmes.net aux mains d'une boîte asiatique. J'ai donc acquis medievizmes.org. L'adresse zid@medievizmes.net n'est plus valable, hélas. Il faut me contacter à medievizmes@gmail.com

Malheureusement, je n'arrive pas/plus à rentrer assez profondément dans la machinerie pour y changer le lien (ainsi que les fils agrégateurs pourris). Prenez donc bonne note de ces petits défauts.

J'espère faire évoluer l'outil vers autre chose et, peut-être même, intégrer en un seul lieu les vieilles notes de Blitztoire, récupérées avant la disparition du blog englouti avec le naufrage de la plateforme 20six.fr – appel aux bonnes volontés !

Par zid dans Mes histoires de médiéviste 23 décembre 2015 18:59:02
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

2015: le réveil de la force?

2015 et pas une note. Une année de plus sans bloguer. Toujours le même manque ressenti. J'ai même tenté de lancer un contre-blog anonyme, mais ça n'a pas pris. J'ai compensé avec les réseaux sociaux. Mais ce n'est pas tout-à-fait la même chose, je le dis tous les ans, navré de mon aphasie bloguesque.

Beaucoup d'autres ont déjà abandonné le blog depuis longtemps. Faudrait-il arrêter comme eux ? Je n'arrive pas à m'y faire. Le blog me donnait / me donne une capacité d'écrire que je ne trouve nulle part ailleurs, ni sur facebook, ni sur twitter, ni sur hypotheses. Je me dis qu'un jour, à un temps précis, le moment de reprendre la plume sera revenu. Maintenant peut-être ? Je ne serais pas le seul à m'accrocher -Manue, du Figoblog, continue et elle a bien raison. Je ne suis pas davantage le dernier sur le chemin du blog1. Le blog, contrairement à ce que le web annonce depuis des années, a encore une raison d'être : il propose un discours plus construit et plus structuré, probablement plus pérenne, de toute façon plus organisé, que les outils de réseautage façon FB ou twitter.

Le blog reste un lieu d'expression libre, directe, forte. Il permet à un intellectuel de s'engager de manière forte et claire. Et notre société bousculée, couverte de meurtrissures, vacillante même, ébranlée en ses fondements les plus anciens, en a besoin plus que jamais, comme l'a d'ailleurs exprimé à sa

Lire la suite

Par zid dans Combats pour l'Histoire 23 décembre 2015 18:34:31
Aucun commentaire Ajouter un commentaire

Autour de "History Manifesto" - 3. Les données sont-elles "le pain de l'historien"?

La masse des archives est une des justifications sur lesquelles Guldi et Armitage construisent leur argumentation. « Archives » est un mot qui revient sans arrêt de manière négative, dans History Manifesto, tandis que « data » est son pendant positif. Les deux faces de Janus. Les archives semblent une déclinaison péjorative de la source, pour les deux auteurs. Selon eux, c’est parce que les étudiants vont se perdre dans leurs sources –dans leurs « archival sources » donc– qu’ils ne pourront avoir cette big picture tellement importante (p. 38).  Un historien qui approfondit une source d’archive à la fois, comme Geoff Eley et tous ceux de sa génération, dans les années soixante-dix, cela sonne comme un glas désespérant, à lire Guldi et Armitage1. Pire, la maîtrise des archives semble être devenue alors pour eux une sorte de nécessité ontologique, une obligation douloureuse pour tout historien qui se respecte, en ces années de décadence historiographique. Les deux auteurs décrivent le travail “sur archives” comme un « coming-of-age ritual for a historian, one of the primary signs by which one identified disciplined commitment to methodology, theoretical sophistication, a saturation in historiographical context, and a familiarity with documents » (p. 44). Et la stigmatisation continue : « Gaining access to a hitherto unexploited repository signalled that one knew the literature well enough to identify the gaps within it, and

Lire la suite

Billets suivants

Catégories

Archives

A propos